Insécurité alimentaire : distribuer des vivres ne nourrit pas une nation
Face au déficit pluviométrique, le gouvernement mise sur l’aide alimentaire aux populations vulnérables. Une réponse d’urgence nécessaire, mais qui pose une question plus profonde : pourquoi, au Tchad, la production agricole reste-t-elle aussi dépendante de la pluie alors que le pays dispose d’un immense potentiel foncier et hydraulique ?
Le 15 septembre 2026, après une visite surprise du président Mahamat Idriss Déby Itno dans les entrepôts de l’Office national de sécurité alimentaire (ONASA), la ministre de l’Action sociale, de la Solidarité et des Affaires humanitaires, Zara Mahamat Issa, a annoncé la distribution gratuite de vivres dans les provinces touchées par le déficit pluviométrique. L’objectif est clair : soutenir les populations vulnérables et faciliter leur accès aux denrées de première nécessité.
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Cette réponse peut soulager des familles confrontées à une période difficile. Mais elle ne règle pas la question de fond. Car l’insécurité alimentaire ne peut être combattue uniquement par la distribution de sacs de céréales lorsque la production agricole dépend encore largement des précipitations.
Potentiel agricole considérable
Le paradoxe tchadien est saisissant. Le pays dispose d’environ 39 millions d’hectares de terres cultivables, soit près de 30 % de son territoire. Parmi elles, environ 19 millions d’hectares sont considérés comme arables, dont 13,3 millions d’hectares défrichés pour l’agriculture. Le potentiel de terres irrigables est estimé à 5,6 millions d’hectares.
Pourtant, les superficies effectivement cultivées restent très inférieures à ce potentiel. La Banque africaine de développement relève notamment que seulement environ 2,2 millions d’hectares sont cultivés, tandis que l’agriculture demeure fortement exposée aux aléas climatiques.
Le problème n’est donc pas seulement celui de la pluie. Il est aussi celui de l’eau maîtrisée, des infrastructures, des semences, des engrais, du stockage, de la transformation et de l’accès au financement.
Urgence ne doit pas devenir une politique agricole
L’insécurité alimentaire exige évidemment des mesures d’urgence lorsque des populations sont menacées par une baisse de production. Mais une politique durable devrait chercher à réduire, année après année, le recours à ces interventions.
Pourquoi ne pas accélérer l’irrigation ? Pourquoi ne pas développer davantage les barrages, les retenues d’eau et les périmètres agricoles ? Pourquoi ne pas investir massivement dans les chaînes de valeur, afin que le pays transforme et conserve davantage sa propre production ?
Le potentiel existe. Le ministère tchadien des Finances lui-même recense aujourd’hui 39 millions d’hectares cultivables et présente l’agriculture climato-intelligente, l’agro-industrie et les chaînes de valeur comme des opportunités d’investissement.
De l’assistance à la souveraineté alimentaire
L’insécurité alimentaire ne devrait pas seulement être mesurée au nombre de sacs distribués. Elle devrait aussi conduire à mesurer la capacité du pays à produire suffisamment, à stocker ses récoltes et à garantir l’approvisionnement des marchés lorsque les pluies deviennent irrégulières.
Distribuer des vivres aujourd’hui peut sauver des ménages. Mais investir dans une agriculture irriguée, productive et résiliente peut éviter qu’ils aient besoin de cette assistance demain.
C’est là tout l’enjeu de la souveraineté alimentaire. Car l’insécurité alimentaire ne se combattra durablement ni dans les entrepôts de l’ONASA ni uniquement par des opérations de solidarité. Elle se combat dans les champs, les périmètres irrigués, les centres de stockage et les unités de transformation.
Au XXIᵉ siècle, la question n’est donc plus seulement de savoir s’il pleuvra suffisamment. Elle est de savoir si le Tchad décidera enfin de maîtriser l’eau pour maîtriser sa production alimentaire. Tant que cette équation restera irrésolue, l’insécurité alimentaire continuera de revenir avec chaque mauvaise saison des pluies.
Martin HIGDE NDOUBA

