Inondations : procès d’un comité à ciel ouvert
La visite du Premier ministre Allah Maye Halina sur plusieurs sites de N’Djamena n’avait rien d’une simple tournée administrative. Elle s’est transformée en réquisitoire contre le Comité national de gestion et de prévention des inondations. Mais derrière ce rappel à l’ordre se cache une question plus profonde : les inondations sont-elles l’échec d’un comité ou celui de toute une gouvernance ?
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Verdict est tombé
Rarement un chef de gouvernement aura été aussi direct. En déclarant que le Comité national de gestion et de prévention des inondations « ne fait pas son travail », Allah Maye Halina a publiquement désigné un responsable. Une sortie qui tranche avec le langage souvent feutré de l’administration et qui traduit l’impatience du pouvoir face à une situation devenue chronique.
La tournée dans les 3ᵉ, 5ᵉ, 6ᵉ, 8ᵉ et 9ᵉ arrondissements a offert une photographie sans filtre de la capitale. Des stations de pompage fonctionnelles côtoient des rues transformées en mares, tandis que des caniveaux oubliés depuis quatorze ans racontent une autre histoire : celle d’un entretien repoussé jusqu’à ce que l’urgence s’impose.
Le mal est plus ancien que les pluies
Les inondations ne tombent pas du ciel par surprise. Elles sont annoncées chaque année par les prévisions météorologiques et connues de tous les services concernés. Ce qui surprend, en revanche, c’est la répétition des mêmes erreurs.
Comment expliquer qu’un ouvrage d’assainissement puisse rester enfoui sous terre pendant plus d’une décennie sans qu’aucune intervention ne soit programmée ? Pourquoi les opérations de curage semblent-elles toujours commencer lorsque les premières pluies ont déjà envahi les quartiers ?
Ces questions dépassent largement le seul comité. Elles interrogent le fonctionnement de l’administration, le suivi des chantiers publics, la responsabilité des collectivités et la culture de l’anticipation. Car les inondations sont souvent le symptôme d’une gouvernance qui réagit plus qu’elle ne prévoit.
Responsabilité collective
Les instructions données par le Premier ministre pour accélérer les travaux sur les axes routiers, les stations de pompage et la digue de Ngueli témoignent d’une volonté de reprendre la main. Elles étaient nécessaires. Mais elles interviennent dans un contexte où plusieurs quartiers subissent déjà les premières conséquences des pluies.
Le risque est désormais de réduire le débat à la recherche d’un coupable. Or un comité n’agit ni seul ni en vase clos. Il dépend des budgets, des ministères techniques, des entreprises chargées des travaux et des autorités locales. Pointer une seule structure ne suffira pas à empêcher les prochaines inondations.
Le véritable enjeu est ailleurs : instaurer une culture de la prévention où le curage des caniveaux devient une routine administrative et non une opération de sauvetage. Tant que les décisions seront prises dans l’urgence, les habitants de N’Djamena continueront de vivre au rythme des mêmes scènes : routes submergées, habitations envahies par les eaux et promesses renouvelées.
Au fond, la tournée d’Allah Maye Halina aura eu un mérite : rappeler que les inondations ne sont pas seulement une fatalité climatique. Elles sont aussi un révélateur de l’efficacité ou des failles de l’action publique. Et c’est peut-être là que se joue le véritable procès.
Martin HIGDE NDOUBA

