Ghana : le boom de l’or, une manne économique au prix d’une catastrophe écologique
Portée par la flambée des cours mondiaux et la progression de l’exploitation artisanale, la production aurifère du Ghana atteint des niveaux records. Mais derrière les recettes d’exportation et les perspectives de croissance, l’essor des activités minières illégales menace les forêts, les ressources en eau et les moyens de subsistance des populations. Un paradoxe qui met à l’épreuve la capacité de l’État à transformer la richesse minière en développement durable.
Le Ghana récolte les fruits de l’envolée du marché mondial de l’or. En 2025, le pays a produit 5,94 millions d’onces du métal précieux, contre 4,82 millions en 2024, soit une progression de 23,41 %, selon les données publiées en juin 2026 par l’agence de presse Ghana News Agency. Cette augmentation s’explique notamment par la forte progression de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle.
La dynamique se reflète également dans les recettes extérieures. Selon les données de la Banque du Ghana rapportées par le Ghana Gold Board, les revenus tirés des exportations d’or ont atteint environ 20 milliards de dollars en 2025, contre 10,3 milliards un an plus tôt. Le métal précieux s’impose ainsi comme un pilier des exportations nationales et un levier important pour les réserves de change du pays.
Pour Accra, cette conjoncture représente une occasion de renforcer ses finances publiques, de soutenir la monnaie nationale et de consolider sa position parmi les grands producteurs d’or du continent. Mais cette prospérité apparente masque une contradiction; plus l’or devient rentable, plus la pression s’accentue sur les territoires où il est extrait.
Une richesse qui alimente la destruction environnementale
La hausse des cours internationaux stimule les investissements et attire de nouveaux acteurs vers les zones aurifères. Cette ruée profite aussi aux exploitants illégaux, connus localement sous le nom de « galamsey », dont les activités échappent en partie aux mécanismes de contrôle de l’État.
Le phénomène ne se limite pas à des excavations clandestines. Dans certaines zones, les opérations minières dégradent les terres agricoles, détruisent la couverture forestière et troublent les cours d’eau. L’utilisation de produits toxiques, notamment le mercure et le cyanure dans certaines activités d’extraction et de traitement, fait également peser des risques sur les écosystèmes et la santé des populations.
Dans une enquête publiée le 19 octobre 2026, Reuters souligne que l’envolée du prix de l’or accentue la pression sur les forêts et les communautés locales, au Ghana comme dans d’autres régions du monde. L’agence relève également les difficultés à tracer l’or issu de circuits illégaux lorsqu’il est refondu puis introduit dans les chaînes commerciales.
Alors, à quoi sert une augmentation des recettes minières si les populations doivent, en contrepartie, subir la dégradation de leurs terres et de leurs ressources en eau ? Les gains économiques immédiats risquent de se transformer en coûts durables pour l’agriculture, l’accès à l’eau potable et la restauration des milieux naturels.
Le défi de l’État, contrôler l’or sans sacrifier les emplois
Face à cette menace, les autorités ghanéennes multiplient les opérations contre l’exploitation illégale. Le 19 octobre, l’agence Ghana News Agency a rapporté la destruction de 92 machines utilisées pour l’extraction aurifère sur la rivière Tano, dans la région du Nord-Ouest, ainsi que l’arrestation de trois personnes soupçonnées d’exploitation illégale. Cette opération s’inscrit dans une campagne visant à protéger les cours d’eau.
Les efforts de réhabilitation commencent également à prendre forme. Le Ghana Gold Board a annoncé le financement d’un programme de restauration forestière de 35 millions de cedis ghanéens, destiné notamment à réhabiliter 50 hectares de la réserve forestière de Tano Nimri, endommagée par les activités minières illégales.
Ces initiatives témoignent d’une prise de conscience, mais elles soulignent aussi l’ampleur des dégâts à réparer. La destruction de machines et les arrestations peuvent perturber les réseaux d’exploitation, sans nécessairement supprimer les causes économiques qui favorisent leur réapparition.
L’exploitation artisanale constitue en effet une source de revenus pour de nombreux ménages. Une politique reposant uniquement sur la répression risque donc de déplacer les activités plutôt que de les éliminer. La formalisation du secteur, l’accès à des permis, l’encadrement des techniques d’extraction et la création d’autres possibilités d’emploi sont indispensables pour rendre les alternatives crédibles.
Transformer le boom aurifère en développement durable
Le véritable enjeu pour le Ghana dépasse désormais la quantité d’or produite ou les recettes engrangées. Il consiste à garantir que cette richesse contribue effectivement à améliorer les conditions de vie, sans compromettre les ressources naturelles dont dépend une partie de l’économie.
Cela suppose de renforcer la traçabilité de l’or, de mieux contrôler les acheteurs et les circuits d’exportation, mais aussi de sanctionner les acteurs qui financent ou protègent les exploitations illégales. La transparence dans la collecte des recettes et leur utilisation doit accompagner cette stratégie afin que les bénéfices de l’activité minière profitent davantage aux communautés concernées.
Le Ghana se trouve ainsi face à un choix déterminant. La hausse des cours mondiaux lui offre une occasion de consolider son économie. Mais si l’exploitation se poursuit au détriment des forêts, des terres agricoles et des cours d’eau, le coût écologique et social pourrait finir par réduire les bénéfices de cette prospérité.
L’or peut enrichir le Ghana. Encore faut-il que cette richesse ne se transforme pas en dette environnementale pour les générations futures.