Gambie : Yahya Jammeh, 2,5 millions de dollars récupérés pour indemniser les victimes de son régime
Yahya Jammeh, ancien président de la Gambie, est au cœur d’une nouvelle avancée dans le processus de réparation des violations des droits humains commises sous son règne. Les autorités gambiennes ont annoncé, mardi 20 octobre 2026, avoir reçu 2,57 millions de dollars issus de la vente d’une propriété de l’ancien dirigeant dans le Maryland, aux États-Unis. Ces fonds, soit environ 1,5 milliard de francs CFA, doivent servir exclusivement à indemniser les victimes de son régime. Au-delà de cette restitution financière, l’opération pose la question de la justice et de la responsabilité des anciens dirigeants.
Yahya Jammeh, plus de deux décennies de pouvoir controversé
Arrivé au pouvoir en juillet 1994 à la suite d’un coup d’État militaire, Yahya Jammeh a dirigé la Gambie pendant 22 ans. Son régime, marqué par une forte concentration du pouvoir, a été accusé de graves violations des droits humains; arrestations arbitraires, disparitions forcées, tortures, violences sexuelles et exécutions extrajudiciaires.
Les conclusions de la Commission vérité, réconciliation et réparations ont mis en lumière l’ampleur des exactions imputées aux forces de sécurité et aux services liés à son administration. Une commission d’enquête a notamment estimé que 240 à 250 personnes avaient été tuées par l’État ou ses agents.
Sur le plan financier, les investigations ont également révélé un important patrimoine attribué à l’ancien président. Les autorités américaines ont notamment établi, dans une procédure civile de confiscation, que sa résidence de Potomac, dans le Maryland, avait été acquise avec des fonds présentés comme issus de la corruption et du détournement de ressources publiques gambiennes.
Yahya Jammeh, qui a quitté le pays en janvier 2017 après avoir perdu l’élection présidentielle de décembre 2016 face à Adama Barrow, vit depuis en exil en Guinée équatoriale. Il est accusé d’avoir dirigé un système responsable de nombreuses exactions, des accusations qui nourrissent encore les demandes de justice des victimes.
2,57 millions de dollars pour indemniser les victimes de Yahya Jammeh
La Commission gambienne des réparations a confirmé avoir reçu exactement 2 573 414,10 dollars provenant de la confiscation et de la vente de la propriété américaine. La somme a été déposée sur le compte du Fonds de réparations à la Banque centrale de Gambie.
La procédure américaine avait abouti à la confiscation du bien en 2022, après une action engagée par le département de la Justice des États-Unis. En septembre 2026, Washington et Banjul ont formalisé le transfert des fonds destinés aux victimes du régime.
Selon les informations publiées par les autorités gambiennes, le montant comprend 2 507 911,73 dollars issus de la vente, après déduction des dépenses liées à la procédure, ainsi que 65 502,37 dollars provenant de revenus locatifs conservés sous séquestre. La Commission affirme que l’argent sera exclusivement consacré aux réparations, conformément à la loi gambienne de 2023 sur les réparations des victimes.
Celles-ci peuvent prendre plusieurs formes; compensation financière individuelle, réparation collective, restitution ou mesures de réhabilitation. Toutefois, la Commission n’a pas encore annoncé de montant précis par bénéficiaire ni de calendrier détaillé pour les paiements. La répartition dépendra donc des critères d’éligibilité et des modalités établies dans le cadre du programme national.
Une avancée importante, mais des attentes considérables
La restitution de ces fonds représente un signal concret pour les victimes de Yahya Jammeh. Elle montre que les avoirs liés à des faits présumés de corruption peuvent, au terme de procédures judiciaires, contribuer à réparer les préjudices subis dans le pays d’origine.
Mais les 2,57 millions de dollars restent modestes au regard de l’ampleur des violations documentées et des besoins des survivants. Pour de nombreuses victimes, la réparation ne se limite pas à une indemnisation financière. Elle implique également un accompagnement médical et psychologique, la reconnaissance des souffrances endurées et, lorsque les conditions le permettent, des poursuites contre les responsables.
L’enjeu sera donc celui de la transparence. La Commission devra expliquer les critères de sélection des bénéficiaires, rendre compte des sommes versées et garantir que les fonds parviennent effectivement aux personnes concernées.
Cette opération ne clôt pas le dossier Yahya Jammeh. Elle constitue plutôt une étape dans un processus plus large, où la récupération des biens, la réparation des victimes et la recherche de responsabilités doivent avancer ensemble. Pour la Gambie, la crédibilité de cette démarche dépendra moins de l’annonce du montant récupéré que de sa capacité à transformer cet argent en réparations concrètes et équitables.
