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Enfants de la rue : qui les prend réellement en charge ?

Les enfants des rues sont devenus une présence familière dans les marchés, aux abords des carrefours et devant certains commerces dans la ville de N’Djamena. Ils mendient, vendent de petits objets ou passent leurs nuits dehors. Derrière ces silhouettes souvent ignorées se trouve une question embarrassante : qui protège réellement ces enfants et que deviennent-ils après leur prise en charge ?

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Des rues devenues un refuge

Ils sont parfois très jeunes. Certains ont quitté leur famille après des conflits, d’autres ont été envoyés dans la capitale pour étudier ou travailler. D’autres encore se retrouvent dans la rue après une rupture familiale ou une situation de grande précarité.

À N’Djamena, la rue devient alors à la fois un lieu de survie et un espace de socialisation. Pour ces enfants, chaque journée commence par la recherche de nourriture, d’un peu d’argent ou d’un endroit où dormir.

Mais derrière la débrouille se cachent des risques considérables : violences, exploitation, accidents, maladies, consommation de substances et abandon scolaire.

 

Qui intervient vraiment ?

L’État, les organisations humanitaires, les associations et certaines structures religieuses interviennent dans la protection de l’enfance. Mais leurs moyens restent souvent limités face à l’ampleur des besoins.

La prise en charge ne devrait pourtant pas se limiter à retirer temporairement les enfants de la rue. Il faut comprendre pourquoi ils y sont arrivés.

Un enfant qui retourne dans une famille incapable de le nourrir, de le scolariser ou de le protéger risque de reprendre rapidement le même chemin.

La protection doit donc commencer par l’identification des familles vulnérables, l’accompagnement social et la prévention.

La famille au cœur du problème

Dans de nombreux cas, la rue est le symptôme d’une fragilité familiale plus profonde. Divorce, pauvreté, décès d’un parent, violences domestiques ou conflits peuvent pousser certains enfants à partir.

Mais la pauvreté ne doit pas devenir une justification de l’abandon. Les autorités doivent renforcer les services sociaux afin que chaque enfant puisse bénéficier d’un suivi individuel. Les familles doivent également être accompagnées pour éviter que la prise en charge ne soit uniquement institutionnelle.

Car protéger les enfants, ce n’est pas seulement leur offrir un repas ou un lit pour quelques jours. C’est leur garantir une identité, une éducation, des soins et un environnement familial sécurisé.

École, première ligne de défense

Le décrochage scolaire constitue également un facteur important. Un enfant qui quitte l’école perd progressivement ses repères et augmente son exposition aux risques de la rue.

La réponse passe donc par l’accès à une éducation gratuite ou abordable, mais aussi par des programmes de réinsertion pour ceux qui ont déjà abandonné les classes.

Les enfants qui vivent dans la rue ne doivent pas être considérés comme un problème d’ordre public. Ils sont d’abord victimes d’une succession de vulnérabilités.

À N’Djamena, les passants croisent quotidiennement ces enfants. On leur donne parfois une pièce, un morceau de pain ou quelques vêtements. Puis chacun poursuit son chemin.

Cette solidarité individuelle est utile, mais elle ne peut remplacer une politique publique. La question n’est donc pas seulement de savoir combien d’enfants vivent dans la rue. Il faut surtout savoir combien sont effectivement suivis, scolarisés, réunifiés avec leurs familles et protégés sur le long terme.

Une capitale qui veut préparer son avenir ne peut laisser une partie de sa jeunesse grandir sur les trottoirs. Prendre en charge les enfants de la rue, ce n’est pas seulement les sortir de la rue. C’est empêcher qu’ils y retournent.

Martin HIGDE NDOUBA

Mot clé : enfants

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