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Des terres, de l’eau, mais des dons pour se nourrir : quel paradoxe ?

Les Émirats arabes unis ont offert 3 000 tonnes de vivres au Tchad pour répondre aux difficultés alimentaires liées à la faiblesse des précipitations. Une aide bienvenue pour les populations vulnérables. Mais derrière la solidarité internationale, une question demeure : jusqu’à quand un pays disposant d’immenses terres, de cours d’eau et d’un potentiel agricole considérable devra-t-il compter sur les dons pour nourrir sa population ?

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Secours nécessaire, mais pas une stratégie

Le 23 septembre, dans les entrepôts de l’Office national de sécurité alimentaire (ONASA), à Chagoua, les sacs de riz, de mil, de haricots, de sucre et autres produits alimentaires ont rappelé une réalité difficile à masquer : lorsque les pluies se font rares, la sécurité alimentaire nationale reste fragile. Les 3 000 tonnes offertes par les Émirats arabes unis constituent un soutien concret aux ménages exposés.

Il ne s’agit évidemment pas de mépriser les dons. Dans une situation d’urgence, ils peuvent sauver des familles et prévenir une aggravation de l’insécurité alimentaire. Mais le problème commence lorsque le secours devient une habitude et que la dépendance aux dons finit par remplacer l’investissement productif.

Des terres, de l’eau… et toujours des importations

Le paradoxe tchadien est saisissant. Le pays possède environ 39 millions d’hectares de terres cultivables et 5,6 millions d’hectares potentiellement irrigables. La Banque mondiale souligne également l’importance de ses ressources en eaux de surface et souterraines.

Le Chari, le Logone, le lac Tchad, le lac Fitri, les ouadis et les nombreuses zones inondables constituent autant de possibilités pour développer l’agriculture irriguée, le maraîchage, la riziculture et les cultures de contre-saison. Pourtant, une partie considérable de ce potentiel reste insuffisamment exploitée.

Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de recevoir davantage de dons, mais de transformer les ressources naturelles en capacité permanente de production.

Produire quand il ne pleut pas

La faiblesse des précipitations ne devrait plus condamner systématiquement les populations à attendre une assistance extérieure. Elle devrait accélérer la transition vers une agriculture capable de produire avec ou sans pluie.

Cela suppose davantage de barrages et de retenues d’eau, des systèmes d’irrigation accessibles aux producteurs, des semences adaptées, des équipements agricoles, des infrastructures de stockage et de transformation, mais aussi des routes permettant d’acheminer les récoltes vers les marchés.

Le Tchad ne manque pas seulement de nourriture. Il manque surtout d’investissements suffisamment massifs et durables pour transformer ses potentialités en production.

De l’assistance à l’autonomie

Les dons peuvent être un filet de sécurité, pas constituer un modèle économique. Chaque tonne de vivres reçue devrait surtout provoquer une réflexion sur les tonnes que le pays pourrait produire lui-même.

L’objectif devrait être simple : que l’aide alimentaire d’aujourd’hui finance progressivement les infrastructures qui rendront l’aide moins nécessaire demain.

Car nourrir durablement le Tchad ne se fera pas éternellement avec des dons. Cela passera par la maîtrise de l’eau, la valorisation des terres, la modernisation de l’agriculture et la capacité à transformer les richesses naturelles en nourriture.

Le Tchad a besoin de solidarité dans les moments difficiles. Mais il a surtout besoin d’une politique agricole qui permette, demain, de ne plus attendre la prochaine cargaison de dons pour remplir les greniers.

Martin HIGDE NDOUBA

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