Mali : transformer l’or en routes, en barrages et en électricité
Longtemps, les richesses minières africaines ont davantage profité aux exportations qu’au développement des territoires. En mobilisant plus de 109 milliards de FCFA entre janvier 2025 et juin 2026 pour financer des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport, Mali tente de rompre avec cette logique. Une ambition qui pourrait faire école, à condition que la gouvernance soit à la hauteur des attentes.
Mali veut faire des mines un moteur de développement
Premier producteur d’or de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), Mali cherche à écrire un nouveau chapitre de son histoire économique. Pendant des décennies, le secteur minier a largement alimenté les recettes d’exportation sans toujours produire les effets attendus sur les infrastructures nationales. Routes dégradées, déficit énergétique et accès inégal à l’eau potable ont continué de freiner le développement du pays.
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C’est dans ce contexte que les autorités maliennes ont décidé de renforcer le Fonds de réalisation des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport, alimenté par les contributions des compagnies minières. Entre le 1er janvier 2025 et le 30 juin 2026, ce mécanisme a permis de mobiliser plus de 109 milliards de FCFA . Le message est clair : les ressources du sous-sol doivent désormais contribuer directement à la transformation du pays.
Afrique face au défi de la valorisation de ses richesses
Le Mali n’est pas le seul État africain à vouloir mieux tirer profit de ses ressources naturelles. Du Botswana, qui a utilisé les revenus du diamant pour financer l’éducation et les infrastructures, au Ghana, qui cherche à accroître les retombées locales de son industrie aurifère, plusieurs pays tentent de convertir leurs richesses minières en développement durable.
Cette évolution répond à une exigence croissante des populations africaines : voir les revenus des mines améliorer concrètement leur quotidien. Électricité plus accessible, routes praticables, réseaux d’eau performants et infrastructures modernes sont devenus les véritables indicateurs de la réussite des politiques minières.
À cet égard, le Mali entend inscrire son action dans une logique de souveraineté économique, où les ressources naturelles servent d’abord les intérêts nationaux.
Au-delà des chiffres, l’épreuve des résultats
Mobiliser 109 milliards de FCFA constitue une étape importante. Mais l’expérience africaine montre que les montants annoncés ne suffisent pas à garantir le succès des politiques publiques. La qualité des projets, la transparence des procédures, le contrôle des dépenses et la lutte contre les détournements restent des conditions essentielles.
Pour le Mali, le véritable test commencera avec la réalisation effective des infrastructures et leur impact sur les populations. Une route achevée dans les délais, un barrage fonctionnel ou une centrale électrique opérationnelle auront davantage de valeur qu’un simple bilan financier.
Cette stratégie pourrait également renforcer l’attractivité économique du pays. Des infrastructures modernes facilitent les investissements privés, réduisent les coûts logistiques et améliorent la compétitivité des entreprises locales.
Le Mali ouvre ainsi un chantier qui dépasse largement la seule question minière. Il pose une interrogation centrale pour tout le continent : comment faire des richesses naturelles un levier de développement plutôt qu’une rente ? Si les résultats suivent les ambitions, cette expérience pourrait inspirer d’autres États africains confrontés au même défi. En Afrique, la véritable valeur de l’or ne se mesure plus uniquement à son prix sur les marchés internationaux, mais à sa capacité à financer les routes, l’eau, l’énergie et les opportunités dont les populations ont besoin.
Martin HIGDE NDOUBA
Source : Sika Finance

