Derrière notation financière B-/B : une équation budgétaire
Standard & Poor’s maintient le Tchad à « B-/B », avec une perspective stable. Une appréciation qui repose sur les perspectives de croissance, les recettes pétrolières et le soutien des partenaires. Mais derrière cette photographie de notation financière favorable, une question dérange : comment apprécier la solidité d’un État dont le budget 2026 affiche encore un déficit de 256,5 milliards de francs CFA et dont le recours à l’emprunt devient structurel ?
Une croissance qui rassure les agences
Le 11 septembre 2026, Standard & Poor’s a confirmé la notation financière souveraine du Tchad à « B-/B », avec une perspective stable. L’agence américaine table sur une croissance moyenne du PIB réel de 4,8 % entre 2026 et 2029. Elle voit dans l’augmentation de la production d’hydrocarbures, les investissements dans les infrastructures et la mise en œuvre de « Tchad Connexion 2030 » les principaux moteurs de cette dynamique.
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Le pétrole reste toutefois le grand pilier. La production devrait dépasser 60 millions de barils en 2029, contre environ 50 millions en 2025. Le problème est connu : une économie qui dépend fortement des hydrocarbures demeure exposée aux variations des prix, de la production et de la conjoncture internationale.
Quand les chiffres du budget racontent une autre histoire
C’est ici que la notation financière mérite d’être regardée avec davantage de recul. Pour 2026, les ressources budgétaires sont estimées à environ 2 275 milliards de FCFA, contre 2 531,5 milliards de dépenses. Le déficit atteint ainsi 256,5 milliards de FCFA.
Pour combler ce trou, N’Djamena doit retourner sur le marché régional. Le gouvernement prévoit de mobiliser environ 520 milliards de FCFA sur le marché des titres publics en 2026. En août, une opération de 96 milliards de FCFA comprenait notamment 10 milliards de bons du Trésor et 86 milliards d’obligations.
Plus inquiétant encore, certaines opérations n’ont pas trouvé preneur à hauteur des montants recherchés. Une émission de 10 milliards sur trois ans n’a recueilli que 7,8 milliards, soit 78,06 %. Une autre opération n’a été couverte qu’à 72,66 %.
Sur quelle base note-t-on réellement un pays ?
La notation financière ne mesure donc pas simplement l’argent disponible dans les caisses. Elle évalue notamment la capacité d’un État à honorer ses dettes, ses perspectives de croissance, la structure de sa dette, ses recettes futures, son accès au financement et les risques politiques ou sécuritaires.
Dans le cas tchadien, S&P souligne justement les perspectives de croissance, le soutien des bailleurs et une structure de dette jugée favorable, mais pointe aussi la forte dépendance au pétrole, l’instabilité régionale et un environnement des affaires difficile. Le PIB par habitant resterait par ailleurs faible, autour de 1 222 dollars en 2026.
La notation financière « B-/B » n’est donc pas un certificat de bonne santé budgétaire. Elle signifie plutôt que le risque reste élevé, même si certains fondamentaux permettent encore aux créanciers de croire au remboursement.
La croissance ne suffit pas
Le véritable enjeu pour le Tchad est désormais de transformer la croissance annoncée en recettes durables, de diversifier réellement l’économie et de réduire la dépendance aux emprunts. Car une notation financière stable ne paie ni les salaires, ni les infrastructures, ni les services publics.
Elle ne remplace pas non plus une politique budgétaire rigoureuse. Tant que le déficit demeure important et que l’État doit régulièrement solliciter les marchés pour trouver des liquidités, la notation financière restera davantage une photographie du risque qu’une preuve de prospérité.
Au fond, la question n’est donc pas seulement de savoir pourquoi le Tchad est noté « B-/B ». Elle est de savoir combien de temps cette note pourra rester stable si les déficits persistent, si les emprunts s’accumulent et si l’économie demeure aussi dépendante du pétrole.
La notation financière donne une indication aux investisseurs. Mais pour les citoyens, le véritable baromètre reste beaucoup plus simple : les recettes augmentent-elles, les déficits diminuent-ils et l’État parvient-il enfin à financer son développement sans vivre constamment à crédit ?
Martin HIGDE NDOUBA
Source : Le N’Djam Post
