Derrière les flammes, une opération inachevée
Près de 1 900 téléphones portables, des armes blanches et des produits stupéfiants ont été détruits à N’Djamena après plusieurs opérations des forces de défense et de sécurité. Si cette démonstration de fermeté est salutaire, elle ne répond pas à la question essentielle : qui alimente ces trafics et pourquoi ces réseaux continuent-ils de prospérer ?
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Opération qui frappe les esprits
Le spectacle est impressionnant. Des montagnes de téléphones portables, des armes blanches, des objets tranchants et des produits stupéfiants livrés aux flammes. Les saisies réalisées à la maison d’arrêt de N’Djamena, mais aussi dans les quartiers de Mandjakolé, Ridina et Katanga, témoignent de l’ampleur du phénomène. Selon les autorités, près de 1 900 téléphones ont été détruits, en plus de quantités importantes de tramadol, de banga et d’autres substances interdites.
Cette opération, menée conjointement par la Gendarmerie, la Police, la Garde nationale et nomade ainsi que les services spécialisés, démontre une réelle capacité de coordination. Elle rappelle également que les établissements pénitentiaires et certains quartiers urbains demeurent des points sensibles où circulent des objets et des produits qui n’ont, en principe, aucune raison de s’y trouver.
Bataille loin d’être gagnée
La véritable interrogation est ailleurs. Comment autant de téléphones peuvent-ils entrer dans une prison censée être hautement sécurisée ? Qui approvisionne les détenus ? Qui fait circuler les stupéfiants dans les quartiers ciblés ? Qui profite financièrement de ces activités ?
Chaque objet détruit raconte une histoire que les flammes ne peuvent effacer. Un téléphone introduit clandestinement n’arrive jamais par hasard. Il emprunte un circuit, bénéficie de complicités et répond à une demande. Une opération d’incinération efface les preuves matérielles, mais ne fait pas disparaître les mécanismes qui rendent ces trafics possibles.
Détruire les filières, pas seulement les preuves
Le succès d’une opération ne devrait pas être évalué uniquement au volume des saisies ou à l’ampleur de l’incinération. Il devrait se mesurer au nombre de réseaux démantelés, de commanditaires identifiés et de complices traduits devant la justice.
Car si les fournisseurs demeurent libres, si les circuits d’approvisionnement restent intacts et si les failles de sécurité persistent, les 1 900 téléphones détruits aujourd’hui seront remplacés demain par d’autres appareils. Le même scénario se répétera, avec les mêmes images et les mêmes discours.
Une opération véritablement efficace est celle qui assèche durablement les sources du trafic. Cela exige des enquêtes approfondies, des sanctions exemplaires, une lutte sans concession contre la corruption et un renforcement des dispositifs de contrôle.
L’État a montré qu’il pouvait saisir et détruire. Il lui reste désormais à prouver qu’il peut remonter les filières. Car ce ne sont pas les téléphones qui menacent l’ordre public, mais les réseaux invisibles qui les font circuler. Tant que ces derniers continueront d’agir dans l’ombre, chaque opération de destruction ne sera qu’une victoire provisoire.
Martin HIGDE NDOUBA

