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De la rue aux assiettes des détenus : drôle destin des animaux errants

La lutte contre la divagation des animaux à
N’Djamena prend une tournure pour le moins surprenante. Après les opérations de contrôle menées par la municipalité, 48 moutons et chèvres saisis ont été remis à la Maison d’Arrêt de Kléssoum pour être consommés par les détenus et le personnel. Une décision qui soulève une question de fond : sanctionner les propriétaires ou transformer les animaux saisis en denrées alimentaires ?

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Lutte nécessaire, méthode discutable

Depuis plusieurs semaines, la Commune de la Ville de N’Djamena multiplie les campagnes de sensibilisation contre la divagation des animaux et leur vente anarchique dans les espaces publics. L’objectif affiché est clair : préserver la sécurité, la salubrité et l’ordre dans une capitale où les rues, marchés et autres espaces publics sont régulièrement occupés de manière désordonnée.

La municipalité rappelle que les voies publiques ne sont ni des pâturages ni des lieux destinés au commerce anarchique. Sur le principe, difficile de lui donner tort. La présence incontrôlée des animaux dans les rues peut provoquer des accidents, dégrader l’environnement urbain et poser des problèmes d’hygiène. Mais après la saisie, une autre question apparaît : que fait-on des animaux confisqués ?

Quand la sanction change de destination

Le vendredi 28 août 2026, la Police municipale a procédé à la remise de 48 moutons et chèvres à la Maison d’Arrêt de Kléssoum. Selon les informations communiquées, ces animaux sont destinés à la consommation des détenus et du personnel. C’est ici que le débat mérite d’être ouvert.

La confiscation d’un animal errant peut se comprendre dans le cadre d’une réglementation municipale. Mais transformer systématiquement cette saisie en approvisionnement alimentaire pose une question de transparence et de proportionnalité. Le propriétaire fautif est-il réellement sanctionné ? Existe-t-il une procédure permettant de récupérer son animal après paiement d’une amende ? Les conditions de conservation, d’identification et de remise des animaux sont-elles clairement définies ? Autant de questions auxquelles la municipalité gagnerait à répondre.

Si la divagation des animaux est interdite, la sanction devrait d’abord viser les propriétaires qui ne respectent pas les règles. Une amende suffisamment dissuasive pourrait constituer un moyen plus cohérent de responsabiliser les éleveurs et propriétaires.

Le message serait alors simple : votre animal n’a pas sa place dans la rue, et si vous le laissez divaguer, vous devrez payer pour le récupérer. Une telle mesure permettrait également à la collectivité de générer des recettes pouvant contribuer aux opérations de capture, de garde et de contrôle.

À l’inverse, lorsque des animaux saisis deviennent directement des repas, le risque est de brouiller le sens même de la sanction. On ne sait plus si l’objectif est de faire respecter la réglementation, de lutter contre la divagation ou de fournir de la viande à une institution.

Une pratique qui mérite un cadre clair

Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause le droit de la municipalité à lutter contre les animaux errants. La question est plutôt celle de la méthode et de la traçabilité.

La Maison d’Arrêt de Kléssoum dispose certes d’un budget destiné à l’alimentation des détenus. Dès lors, l’utilisation d’animaux confisqués comme source alimentaire mérite d’être encadrée par des règles précises : identification des propriétaires, procès-verbal de saisie, délai de récupération, montant des amendes, conditions sanitaires et destination finale des animaux non réclamés.

À N’Djamena, la lutte contre la divagation des animaux est nécessaire. Mais une bonne politique publique ne doit pas seulement saisir : elle doit aussi expliquer, sanctionner équitablement et rendre compte. Car entre l’animal saisi et l’animal servi à table, il y a une procédure qui doit être aussi claire que la règle que l’on prétend faire respecter.

Martin HIGDE NDOUBA

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