Cinéma tchadien : un code sans salle, à quoi bon ?
Le Tchad prépare un Code du cinéma de 196 articles pour structurer le septième art. Une avancée juridique attendue. Mais derrière les textes et les institutions annoncées, une question embarrassante demeure : comment bâtir une industrie du cinéma sans salles pour accueillir les spectateurs ?
Un code, enfin. Mais pas encore de salles
Pendant longtemps, le cinéma tchadien a évolué comme un secteur sans véritable toit juridique. Aujourd’hui, l’État veut lui offrir un cadre. L’avant-projet de Code du cinéma, présenté au ministre du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat, Abakar Rozzi Teguil, entend organiser la formation, la production, la diffusion, la protection des œuvres et la conservation du patrimoine audiovisuel.
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Le texte, composé de 196 articles répartis en dix titres, prévoit notamment un Centre national du cinéma, un Fonds national de soutien et une billetterie nationale. Il ambitionne également de professionnaliser les acteurs et d’attirer les tournages et les coproductions.
Sur le papier, le chantier est sérieux. Mais une industrie culturelle ne se construit pas uniquement avec des articles de loi.
Mais où regarder les films ?
Voilà le véritable paradoxe. Le Tchad veut professionnaliser son cinéma alors que les espaces permanents permettant au public de découvrir les productions nationales restent largement insuffisants.
Or, une salle de cinéma n’est pas un simple luxe urbain. Au XXIᵉ siècle, elle est une infrastructure culturelle à part entière. Elle crée une rencontre entre une œuvre et son public. Elle permet aux réalisateurs de vendre leurs productions, aux jeunes de découvrir des métiers et aux villes d’accueillir festivals, avant-premières et débats.
Sans réseau de diffusion, même le meilleur film risque de rester confiné aux festivals, aux projections occasionnelles ou aux plateformes numériques.
Le problème est donc moins de savoir si le Tchad doit avoir un Code du cinéma que de déterminer quelle industrie ce Code veut réellement construire.
Le spectateur doit entrer dans l’équation
L’accompagnement de l’UNESCO et de l’Union européenne peut contribuer à structurer le secteur. Mais l’État, le secteur privé et les professionnels doivent désormais regarder au-delà du texte.
Pourquoi ne pas intégrer au dispositif un véritable programme national de développement des salles ? Pourquoi ne pas encourager les investissements privés, les partenariats public-privé et les salles polyvalentes dans les grandes villes ? Pourquoi ne pas réhabiliter les anciens espaces lorsqu’ils existent encore ?
Le futur Fonds national de soutien pourrait également réfléchir au financement de la diffusion, et pas seulement à celui de la création.
Car produire sans diffuser, c’est parler sans public. Former sans offrir de débouchés, c’est créer des compétences sans marché. Et protéger les œuvres sans construire les lieux où elles peuvent être vues, c’est préserver une culture que les citoyens auront difficilement l’occasion de rencontrer.
Le Tchad a besoin d’un cadre juridique pour son cinéma. Mais il a surtout besoin d’une vision complète : former, produire, financer, diffuser et construire des publics. Le Code peut donner des règles au secteur. Les salles, elles, lui donneront une vie.
Martin HIGDE NDOUBA

