Budget 2027 : Mahamat Idriss Déby Itno veut changer de logiciel
Au Tchad, le président Mahamat Idriss Déby Itno veut faire du budget 2027 autre chose qu’un rituel administratif. Dans sa lettre de cadrage adressée au gouvernement, le chef de l’État appelle à rompre avec les budgets de reconduction et fixe une trajectoire fondée sur la croissance, l’investissement privé, la transformation locale et la digitalisation. Une ambition qui devra désormais affronter l’épreuve la plus redoutable : celle de l’exécution.
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Changer la mécanique budgétaire
Chaque année, le scénario budgétaire est à peu près connu : prévoir, répartir, exécuter et parfois reconduire. Pour 2027, Mahamat Idriss Déby Itno veut visiblement casser cette mécanique.
Le chef de l’État demande au gouvernement de concevoir un budget capable d’accompagner les transformations économiques du pays. L’objectif de 7,3 % de croissance donne le ton. Mais derrière ce chiffre se cache une équation autrement plus complexe : comment produire davantage de richesses dans une économie encore fortement dépendante des recettes extractives et confrontée à d’importants déficits en infrastructures ?
Le budget 2027 devra donc être jugé moins sur le volume des crédits annoncés que sur leur capacité à produire des résultats mesurables.
Le privé, nouveau partenaire
Autre signal fort : l’ouverture de nouveaux secteurs au secteur privé. L’État entend manifestement partager davantage le poids du développement économique avec les investisseurs et les entreprises.
Encore faut-il que ceux-ci trouvent au Tchad les conditions nécessaires pour investir. Accès à l’énergie, financement, fiscalité, sécurité juridique, infrastructures : la compétitivité ne se décrète pas dans une lettre de cadrage.
Le budget 2027 devra ainsi traduire cette ouverture par des choix budgétaires cohérents et des réformes capables de rassurer les opérateurs économiques.
Fin de l’exportation brute ?
La transformation locale des matières premières constitue l’autre grande promesse. Agriculture, élevage, mines : le Tchad dispose de ressources considérables, mais peine encore à en capter toute la valeur ajoutée.
Transformer localement, c’est créer des emplois, développer l’industrie et élargir l’assiette fiscale. Mais cela suppose de l’électricité, des routes, des compétences et des investissements. Autrement dit, toute une chaîne à construire.
La digitalisation de l’administration complète le dispositif. Elle pourrait réduire les lenteurs, améliorer la collecte des recettes et limiter certaines pratiques qui plombent l’efficacité de l’État.
Le véritable défi du budget 2027 ne sera finalement ni son ambition ni son architecture. Il sera celui de son exécution.
Le Tchad a connu plusieurs plans, programmes et annonces de transformation. La question est désormais de savoir combien de projets aboutiront, combien d’emplois seront créés et quelle amélioration concrète les citoyens percevront.
Car un budget ambitieux sur le papier peut rapidement devenir un catalogue de promesses s’il n’est pas soutenu par une gouvernance rigoureuse.
Avec le budget 2027, le pouvoir tchadien se donne donc une nouvelle feuille de route. Reste à transformer les chiffres en croissance, les réformes en investissements et les investissements en résultats. C’est là que se jouera la crédibilité de la rupture annoncée.
Martin HIGDE NDOUBA