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Braquages en série : Bichara V8 avait-il des complicités dans l’appareil sécuritaire ?

Arrêté et placé derrière les barreaux, Bichara V8 est présenté par la Police nationale comme le principal suspect dans une série de braquages qui ont secoué N’Djaména ces dernières années. Une succession d’attaques, de millions emportés et, parfois, de morts qui soulève une autre question : un homme peut-il agir aussi longtemps sans relais ?

Une longue série de braquages

Le nom de Bichara V8 est désormais associé à plusieurs affaires criminelles qui ont marqué la capitale tchadienne. Selon les éléments communiqués par la Police nationale, il serait soupçonné d’avoir joué un rôle central dans plusieurs opérations.

Le 2 février 2022, Fatimé Abkress est agressée à son domicile par trois hommes armés. Blessée à la cuisse, elle voit sa moto et 2 millions de francs CFA emportés. Quelques jours plus tard, Gombo Oumar Gombo est victime d’une attaque similaire : sa moto et 2 millions de francs CFA disparaissent.

La série se poursuit. En juillet 2024, Adam Hassan Adam est braqué par quatre individus circulant sur deux motos. Le butin : 22,7 millions de francs CFA.

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Des butins qui atteignent des centaines de millions

En janvier 2025, l’affaire prend une tournure plus dramatique. Au quartier Mardjan Daffack, le commerçant Tahir Adoum Abdoulaye est tué et 163 millions de francs CFA sont emportés.

En mars 2026, Grâce Doumngar est dépouillée de 35 millions. Le 4 août, Ngardin Yvan est braqué près du Centre des jeunes de Don Bosco et perd 135 millions. Le 20 août, Hissein Eldem est attaqué à sa sortie d’Ora Bank et dépouillé de 12 millions.

La liste ne s’arrête pas là. Le 26 août, 10,750 millions de francs CFA sont dérobés dans le véhicule de Hissein Segue Kodobo. Le 4 septembre, deux véhicules appartenant à Abdoulaye Banda Ebré sont cambriolés à Klemat : 29,5 millions de francs CFA et des dossiers importants auraient été emportés.

Le 16 septembre, une journée noire

Le 16 septembre 2026 concentre à lui seul plusieurs attaques. Une personne sortant d’Ecobank est braquée près du lycée Sacré-Cœur. Un autre citoyen, à la sortie de la BSCI, est poursuivi puis tué à la rue de 40 mètres, avant que 9 millions de francs CFA ne soient emportés. Une troisième victime, sortant d’UBA, est dépouillée de 71 millions.

Face à cette succession d’attaques, l’arrestation de Bichara V8 constitue donc un développement majeur dans l’enquête. Mais elle ne devrait pas nécessairement en constituer le dernier chapitre.

La question des complicités

Si les accusations portées contre Bichara V8 doivent désormais être établies par la justice, une interrogation demeure dans l’opinion : disposait-il de complices ou de relais ?

Comment expliquer qu’un réseau présumé puisse multiplier les attaques, parfois à proximité d’établissements bancaires, sur plusieurs années, sans bénéficier d’informations, de soutiens logistiques ou de complicités éventuelles ?

La question mérite d’être posée, mais elle ne saurait se transformer en accusation sans preuves. L’enquête devra notamment déterminer si Bichara V8 agissait seul, avec un réseau organisé ou avec d’éventuels complices, y compris si des soupçons portent sur des personnes appartenant aux services de sécurité.

Derrière les millions disparus, il y a surtout des victimes, des familles endeuillées et une capitale qui réclame des réponses. Désormais entre quatre murs, Bichara V8 devra répondre devant la justice des faits qui lui sont reprochés. Mais pour les N’Djaménois, la véritable question est peut-être plus large : qui sont tous ceux qui ont permis à cette mécanique criminelle de fonctionner aussi longtemps ?

 

Martin HIGDE NDOUBA

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