Abéché : quand la foi devient un facteur de violence
Ce qui s’est produit à Abéché (Tchad) ne relève pas d’un fait divers anodin. C’est le symptôme d’un malaise profond qui traverse la jeunesse universitaire : la méconnaissance du sens réel de la religion et l’incapacité à accepter la différence. Sur un campus censé former les élites de demain, la foi est devenue un motif de confrontation plutôt qu’un levier de paix.
Le 31 décembre 2025, des étudiants chrétiens ont invité leurs camarades musulmans à partager les festivités de fin d’année. Ces derniers ont refusé, estimant que cette célébration ne relevait pas de leurs convictions. Jusque-là, rien d’anormal. La liberté de croyance est un droit fondamental. Mais à Abéché, ce refus a été mal interprété, instrumentalisé, transformé en provocation, jusqu’à faire basculer le dialogue dans la violence.
La faillite du dialogue à Abéché
Lorsque des étudiants chrétiens rappellent qu’ils participent régulièrement aux fêtes musulmanes, le débat aurait dû ouvrir la voie à une discussion sereine sur le respect mutuel. Il s’est au contraire transformé, à Abéché, en une bagarre générale, faisant plusieurs blessés. Une scène indigne d’un campus universitaire, espace par excellence de réflexion, de débat et d’élévation de l’esprit.
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Comment, au XXIᵉ siècle, des étudiants peuvent-ils se battre pour un Dieu dont les enseignements, toutes confessions confondues, reposent sur l’amour du prochain ? Cette violence n’est pas l’expression de la foi, mais celle de l’ignorance. Une ignorance dangereuse, qui dépasse le cadre religieux et menace la cohésion sociale.
Ce drame pose une question fondamentale : que transmettons-nous réellement à notre jeunesse ? À Abéché, l’université ne peut se limiter à délivrer des diplômes. Elle doit aussi former des citoyens capables de comprendre l’autre, de respecter la différence et de rejeter la violence. Les autorités académiques, les leaders religieux et l’État portent une lourde responsabilité.
Il est temps, à Abéché, de réinterroger l’enseignement religieux et civique, de créer des cadres de dialogue interconfessionnel et de rappeler que la foi ne saurait être un instrument d’exclusion. Car une religion mal comprise ne conduit ni au salut ni à la paix, mais au chaos.
Martin HIGDE NDOUBA