Ennedi-Ouest : président sur le terrain, État en panne
La descente du maréchal Mahamat Idriss Déby Itno à Torboul, le 7 novembre 2026, aura été marquée par des sanctions militaires et administratives. Derrière cette démonstration d’autorité se cache pourtant un aveu embarrassant : celui d’un appareil d’État qui semble incapable de régler ses propres crises sans attendre l’intervention du chef suprême. Gouverner, est-ce vraiment courir derrière les problèmes plutôt que les prévenir ?
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Président sur le terrain, des institutions aux abonnés absents
Au Tchad, il semble désormais que pour qu’un problème soit pris au sérieux, il faille attendre que le président de la République débarque personnellement sur les lieux. À Torboul, dans la province de l’Ennedi-Ouest, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno a entamé, samedi 7 novembre 2026, une tournée dans plusieurs provinces du pays. Officiellement, il s’agit de rapprocher l’État des réalités du terrain. Mais derrière cette proximité présidentielle se dessine une réalité beaucoup moins reluisante : la faiblesse des mécanismes ordinaires de gouvernance.
À 120 kilomètres de Fada et 170 kilomètres d’Am-Djarass, Torboul est devenue le théâtre d’un conflit autour des pâturages et de l’accès à l’eau. Des ressources vitales, mais aussi des motifs récurrents de tensions dans cette partie du pays. Une situation qui menaçait de dégénérer en affrontement armé.
Moins de quinze minutes après son arrivée, le chef de l’État convoque les responsables militaires et administratifs concernés. Faut-il donc attendre le déplacement du président pour qu’une crise locale mobilise enfin les autorités compétentes ?
Des responsables sanctionnés, mais qui répond de la défaillance collective ?
Le délégué général du gouvernement auprès de l’Ennedi-Ouest, Goukouni Allatchi Tchoubougou, présente les circonstances du conflit. Puis vient le tour du général Hamoda Mahamat Béchir, commandant de la zone de défense n°8 et coordonnateur militaire de l’Ennedi-Est.
Le verdict présidentiel ne tarde pas. Accusé de manquements aux instructions relatives au désarmement des parties en conflit, le général est dégradé séance tenante et suspendu de ses fonctions. Son adjoint assure l’intérim. Les préfets de Torboul et de Djara ainsi que le sous-préfet d’Am-Djirémé sont également relevés de leurs fonctions.
Le général Tahir Erda Tahiro, directeur général des Services de sécurité des institutions de l’État, reçoit l’ordre de procéder immédiatement au désarmement des civils.
La fermeté présidentielle est manifeste. Mais une question demeure : sanctionner quelques responsables suffit-il à corriger les défaillances d’un système administratif et sécuritaire ? Le remplacement des hommes ne garantit pas automatiquement le changement des pratiques.
Gouverner, ce n’est pas jouer les pompiers en permanence
Dans l’Ennedi-Ouest, le président a rappelé une vérité fondamentale : les serviteurs de l’État doivent obéir à la hiérarchie républicaine et non aux intérêts communautaires. « L’État est impersonnel », a-t-il martelé.
Une déclaration qui mérite d’être saluée. Mais elle doit surtout devenir une règle de fonctionnement quotidien, et non un rappel solennel prononcé uniquement lorsque les tensions menacent d’exploser.
Car le problème dépasse Torboul. Si les préfets, sous-préfets, délégués généraux et responsables militaires ne peuvent anticiper des conflits liés à l’eau et aux pâturages, à quoi servent les structures déconcentrées de l’État ? Pourquoi mobiliser autant de responsables si leur efficacité dépend de la présence physique du président ?
L’Ennedi-Ouest n’a pas seulement besoin d’un président qui vient sanctionner. La province a besoin d’une administration qui prévient, arbitre, protège et agit avant que les communautés ne prennent les armes.
Au fond, la vraie victoire présidentielle ne sera pas le nombre de responsables limogés à Torboul. Elle sera le jour où une crise locale sera réglée sans qu’il soit nécessaire de faire déplacer le chef de l’État.
Un président ne peut pas être à la fois le chef de l’État, le préfet, le commandant de zone et le médiateur de toutes les crises. Un État qui attend toujours son président pour fonctionner n’est pas un État fort : c’est un État dont les institutions restent à construire.
Martin HIGDE NDOUBA



