CAN : pourquoi la CAF renonce à son passage au cycle quadriennal et revient à une compétition tous les deux ans
Moins d’un an après avoir annoncé que la Coupe d’Afrique des nations (CAN) passerait à un rythme quadriennal à partir de 2028, la Confédération africaine de football (CAF) a finalement fait marche arrière. Réuni le 30 octobre 2026, son Comité exécutif a décidé à l’unanimité de rétablir l’organisation de la compétition tous les deux ans. Un revirement qui s’explique avant tout par les incertitudes financières entourant le projet de Ligue des nations africaines, mais aussi par la difficulté de trouver un équilibre entre les intérêts économiques de l’instance et ceux du football continental.
La réforme annoncée en décembre 2025 semblait pourtant répondre à une volonté de réorganiser durablement le calendrier du football africain. La CAF avait alors décidé de faire passer la CAN à une fréquence de quatre ans, à partir de l’édition de 2028. En contrepartie, une nouvelle compétition, baptisée Ligue des nations africaines, devait être organisée tous les deux ans afin de maintenir une grande compétition continentale régulière pour les sélections nationales.
Mais cette nouvelle architecture s’est révélée plus difficile à mettre en place que prévu. Lors de la conférence stratégique de la CAF organisée au Cap-Vert, du 7 au 9 octobre 2026, Patrice Motsepe avait déjà annoncé que le Comité exécutif allait réexaminer la décision. Quelques semaines plus tard, l’instance a officialisé son changement de position.
La Ligue des nations, un relais financier trop incertain
Le principal argument avancé par Patrice Motsepe concerne les ressources financières attendues de la future Ligue des nations africaines. Dans son communiqué, le président de la CAF reconnaît que cette compétition aurait besoin de plusieurs années avant de produire des revenus suffisamment importants pour contribuer au financement du football africain.
Or, la CAN constitue aujourd’hui l’un des principaux moteurs économiques de l’instance. Elle attire les diffuseurs, les sponsors, les partenaires commerciaux et les supporters, tout en générant des retombées pour les fédérations nationales et les pays organisateurs. Espacer cette compétition de quatre ans sans disposer immédiatement d’un dispositif capable de compenser les recettes perdues aurait donc exposé la CAF à une période d’incertitude financière.
La Ligue des nations devait précisément prendre le relais, mais son modèle économique ne semblait pas encore suffisamment solide. En revenant à une CAN biennale, l’instance choisit ainsi de préserver une compétition dont la valeur commerciale est déjà établie plutôt que de miser sur un nouveau rendez-vous dont les retombées restent à construire.
Ce choix concerne également les 54 associations membres de la CAF. Pour nombre de fédérations, les grandes compétitions continentales représentent une occasion de mobiliser des financements, de développer leurs infrastructures et de soutenir leurs programmes de formation. Un espacement de quatre ans aurait pu réduire ces possibilités.
Un calendrier international toujours difficile à maîtriser
Au-delà de la question financière, cette volte-face révèle les difficultés de la CAF à trouver sa place dans un calendrier international de plus en plus chargé. La réforme de 2025 devait notamment rapprocher le rythme de la CAN de celui des grandes compétitions internationales et limiter les tensions avec les clubs employant des joueurs africains.
Les clubs européens, en particulier, sont régulièrement confrontés à l’absence de plusieurs internationaux pendant la CAN. Une organisation tous les quatre ans aurait pu réduire cette contrainte. Le retour au rythme biennal signifie donc que cette question reste entière.
La nouvelle programmation prévoit toutefois une adaptation particulière. Après la CAN 2027, organisée au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, une autre édition aura lieu dès 2028. La suivante est programmée en 2031, puis en 2033. L’absence de CAN en 2030 s’explique par la tenue de la Coupe du monde de la FIFA cette année-là. Selon Patrice Motsepe, la tradition veut que les phases finales des compétitions continentales de sélections ne soient pas organisées pendant une année de Mondial.
La prochaine CAN en juin 2027 en Afrique de l’Est
Pour les supporters, le calendrier est désormais plus lisible à court terme. La prochaine Coupe d’Afrique des nations se déroulera du 19 juin au 17 juillet 2027 au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Cette édition sera historique puisqu’elle sera la première organisée conjointement par trois pays.
Le retour à une fréquence de deux ans ne règle cependant pas toutes les interrogations. L’organisation de deux CAN à seulement un an d’intervalle, en 2027 et 2028, posera des exigences logistiques, sportives et financières importantes. La CAF devra également préciser les modalités de mise en œuvre de la Ligue des nations africaines, dont l’avenir et la place dans le calendrier restent à clarifier.
Ainsi, la décision du 30 octobre ressemble davantage à un ajustement pragmatique qu’à l’abandon de toute ambition de réforme. La CAF a privilégié la sécurité financière d’une compétition qui a déjà fait ses preuves. Reste à savoir si elle parviendra, à terme, à moderniser son calendrier sans multiplier les changements de cap au détriment de la lisibilité de ses compétitions.