Tchad : à Nanaye, le pont de la honte face aux 12 chantiers et 100 actions
À Koimbi, dans le département de Nanaye, les habitants ont construit une passerelle provisoire en bois pour rétablir la circulation sur l’axe Gagal-Koimbi. Inauguré le 9 octobre 2026, cet ouvrage de fortune illustre la détermination des populations, mais pose une question fondamentale : où sont les infrastructures publiques promises aux zones rurales ?
Pont en bois, symbole d’un désenclavement inachevé
À Koimbi, la solidarité communautaire a pris le relais des infrastructures défaillantes. Après plusieurs années de difficultés liées à la dégradation d’un ancien pont, les habitants ont décidé de mobiliser leurs propres ressources pour construire une passerelle en bois. L’objectif est simple : rétablir le passage et relancer les échanges commerciaux avec Gagal et les localités environnantes.
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Inauguré le vendredi 9 octobre 2026, en présence des autorités administratives, traditionnelles et sécuritaires, cet ouvrage provisoire apporte un soulagement immédiat aux usagers. Mais derrière cette initiative citoyenne se cache une réalité préoccupante : dans certaines localités du Tchad, accéder à une route praticable demeure un défi quotidien.
À Nanaye, les habitants ont fait preuve d’ingéniosité et de courage. Pourtant, leur mobilisation ne devrait pas devenir une excuse pour transférer aux communautés la responsabilité des infrastructures qui relèvent de l’action publique.
Les « 12 chantiers et 100 actions » à l’épreuve du terrain
La situation de Koimbi soulève une interrogation légitime sur la portée concrète de la vision de développement du président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno. Comment concilier l’ambition d’un Tchad moderne et désenclavé avec l’existence de passages provisoires en bois pour relier des communautés rurales ?
Le plan Tchad Connexion 2030 affiche précisément l’ambition d’étendre le réseau routier national, de développer les pistes rurales et d’améliorer la connexion entre les provinces. Le document stratégique prévoit notamment des investissements dans les transports et l’entretien des infrastructures rurales. Source officielle.
Dès lors, une question s’impose au ministère chargé des Infrastructures : quelles mesures sont prévues pour remplacer cet ouvrage de fortune par un pont durable ? Existe-t-il un calendrier de réhabilitation, une évaluation technique du site ou un programme d’entretien pour prévenir de nouvelles ruptures de circulation ?
Sans réponses précises, les grandes orientations nationales risquent de rester éloignées des préoccupations les plus élémentaires des habitants.
D’autres pays africains misent sur des solutions durables
L’expérience d’autres pays africains montre que le désenclavement rural peut faire l’objet de programmes ciblés. En Côte d’Ivoire, des projets ont permis de construire des ponts en béton et de déployer des ponts métalliques sur des axes ruraux afin de faciliter la circulation et les échanges économiques. Agence française de développement.
Au Sénégal, des programmes de pistes communautaires soutenus par la Banque africaine de développement ont également associé construction, réhabilitation et entretien des voies rurales. L’objectif est de relier les populations aux marchés, aux écoles et aux structures de santé. Banque africaine de développement.
Ces expériences ne constituent pas des modèles à reproduire mécaniquement. Elles montrent néanmoins l’importance d’une planification, d’un financement et d’un entretien adaptés aux réalités locales.
Solidarité ne remplace pas la responsabilité publique
À Nanaye, la passerelle de Koimbi est une victoire de la solidarité, mais aussi un avertissement. Le bois peut rétablir temporairement le passage ; il ne garantit ni la sécurité à long terme ni la résistance aux prochaines crues.
Les autorités doivent donc évaluer les risques, sécuriser la traversée et programmer la construction d’un ouvrage pérenne. La population ne demande pas un privilège : elle attend des conditions de circulation dignes et sûres.
Au fond, le véritable enjeu dépasse Koimbi. Il concerne la capacité de l’État à traduire ses ambitions en réalisations concrètes jusque dans les localités les plus éloignées. Car le développement ne se mesure pas seulement aux projets annoncés, mais aussi à la possibilité, pour un malade, un élève, un commerçant ou un agriculteur, de franchir un cours d’eau sans dépendre d’un pont de fortune.
À Nanaye, le pont en bois relie provisoirement deux rives. Reste à savoir quand les infrastructures publiques permettront enfin de relier durablement les populations aux services et aux opportunités qu’elles attendent.
Martin HIGDE NDOUBA

