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150 millions de bêtes, zéro usine : pourquoi le Tchad laisse filer sa richesse ?

Avec près de 150 millions de têtes de cheptel, le Tchad dispose d’un potentiel économique considérable. Pourtant, l’absence d’usine de transformation maintient le pays dans une économie de rente, incapable de créer suffisamment d’emplois pour sa jeunesse.

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Potentiel pastoral sous-exploité

Le Tchad s’impose comme l’un des plus grands pays d’élevage en Afrique centrale. Bovins, ovins et caprins constituent une richesse nationale stratégique, répartie sur l’ensemble du territoire. Ce capital naturel devrait être un moteur de croissance et de développement.

Mais dans les faits, ce potentiel reste largement sous-exploité. Les exportations se font essentiellement sous forme de bétail sur pied, notamment vers les pays voisins. Faute d’infrastructures adaptées, aucune véritable usine ne permet de transformer localement cette richesse en produits finis à forte valeur ajoutée.

L’absence d’une usine moderne de transformation de viande ou de produits laitiers révèle un retard industriel préoccupant. Dans de nombreux pays comparables, ce type d’infrastructure a permis de structurer toute une filière, allant de la production à la distribution.

Au Tchad, ce maillon essentiel fait défaut. Résultat : le pays exporte brut et importe parfois des produits transformés. Une usine aurait pourtant permis de renforcer l’autonomie économique tout en améliorant la qualité des produits destinés au marché local.

Chômage, conséquence directe

La question de l’emploi est au cœur de cette problématique. Chaque usine représente une opportunité de création d’emplois directs et indirects. Techniciens, ouvriers, transporteurs, commerçants : toute une chaîne économique pourrait émerger autour de cette activité.

En l’absence de telles structures, des milliers de jeunes restent sans perspectives. Le lien entre industrialisation et emploi est évident, mais il peine encore à se traduire en politiques concrètes.

Au-delà des infrastructures, c’est toute la stratégie économique qui est en cause. Le développement d’une usine de transformation s’inscrit dans une logique plus large de diversification. Elle pourrait stimuler des secteurs connexes comme la logistique, l’emballage ou encore la distribution.

Aujourd’hui, cette vision reste embryonnaire. Le pays continue de dépendre d’un modèle basé sur l’exportation de matières premières, sans réelle transformation locale.

Levier stratégique pour l’avenir

Investir dans une usine de transformation du cheptel ne relève pas seulement d’un choix économique, mais d’une nécessité stratégique. Dans un contexte de forte croissance démographique, la création d’emplois devient une urgence nationale.

Sans une telle orientation, le Tchad risque de voir son potentiel s’éroder, faute de valorisation. À l’inverse, une politique volontariste dans ce domaine pourrait transformer en profondeur l’économie et offrir de nouvelles perspectives à sa jeunesse.

 

Martin HIGDE NDOUBA

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