13 universités publiques : combien répondent aux standards ?
Le Tchad compte désormais 13 universités publiques et 102 055 étudiants pour la rentrée académique 2026-2027. Une expansion spectaculaire de l’enseignement supérieur sur l’ensemble du territoire. Mais derrière cette multiplication des campus, une question demeure : combien d’établissements disposent réellement des infrastructures, des enseignants, des laboratoires et des moyens de recherche nécessaires pour répondre aux standards internationaux ?
La carte universitaire s’élargit
Pendant longtemps, l’accès à l’université signifiait souvent rejoindre N’Djaména. Aujourd’hui, le paysage universitaire tchadien s’étend progressivement aux provinces. Cette évolution répond à une nécessité : rapprocher l’enseignement supérieur des jeunes et réduire les déplacements vers la capitale.
Les chiffres donnent la mesure du phénomène. Les 13 universités publiques accueillent 102 055 étudiants, encadrés par 1 724 enseignants. À l’échelle de l’ensemble du système d’enseignement supérieur, le nombre d’étudiants dépasse 140 000 en comptant les établissements privés et autres structures de formation.
Le défi n’est donc plus seulement celui de l’accès. Il est désormais celui de la qualité.
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59 étudiants pour un enseignant
Un chiffre devrait interpeller : rapportés aux effectifs annoncés, les 1 724 enseignants des universités publiques représentent environ 59 étudiants pour un enseignant. Cette moyenne nationale masque évidemment des différences entre filières et établissements, mais elle pose une question centrale sur les conditions d’encadrement.
Une université ne peut être réduite à des salles de cours et à des inscriptions administratives. Elle doit disposer d’enseignants en nombre suffisant, de bibliothèques modernes, de laboratoires opérationnels, d’équipements numériques et de moyens consacrés à la recherche. Sans ces éléments, l’expansion géographique risque de rester essentiellement quantitative.
Paradoxe des universités provinciales
L’installation d’une université dans une province constitue une avancée importante. Elle peut permettre à des milliers de jeunes de poursuivre leurs études sans quitter leur région.
Mais encore faut-il que ces établissements soient capables de répondre aux besoins économiques de leur territoire.
Une université implantée dans une zone agricole devrait pouvoir développer des compétences en agronomie, irrigation, élevage ou transformation agroalimentaire. Ailleurs, les besoins peuvent concerner l’énergie, les mines, le numérique, l’environnement ou la santé.
La proximité géographique n’a de sens que si elle s’accompagne d’une véritable spécialisation et de formations de qualité.
Qui mesure réellement la qualité ?
C’est ici que le débat devient plus sensible. Le nombre d’universités et d’étudiants est mesurable. Mais combien disposent de laboratoires pleinement fonctionnels ? Combien publient régulièrement dans des revues scientifiques reconnues ? Combien proposent des formations régulièrement évaluées ? Combien disposent d’une bibliothèque suffisamment équipée ?
Pour l’instant, les données publiques disponibles permettent d’établir le nombre d’universités et leurs effectifs, mais pas de déterminer sérieusement combien répondent à l’ensemble des normes internationales.
Il faudrait donc un audit transparent, établissement par établissement.
Le Tchad peut se féliciter d’avoir élargi l’accès à l’enseignement supérieur. Mais une université supplémentaire ne constitue pas nécessairement une avancée si elle ne dispose pas des moyens nécessaires pour former, chercher et innover.
Avec 13 universités publiques et plus de 102 000 étudiants, le pays entre dans une nouvelle phase, l’urgence n’est plus seulement d’ouvrir des portes universitaires. Elle est de faire en sorte que ceux qui les franchissent reçoivent une formation capable de les préparer au marché du travail et à la compétition scientifique internationale. Le véritable bilan ne se fera donc pas au nombre de campus construits, mais au nombre de compétences produites.
Martin HIGDE NDOUBA