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Tchad : armes aux mains des civils : qui laisse faire ?

Au lendemain des violences intercommunautaires dans le Wadi-Fira, les propos du président de la transition, Mahamat Idriss Déby Itno, ravivent une question centrale : comment des civils se retrouvent-ils avec des armes de guerre ? Derrière cette réalité inquiétante se dessine une responsabilité qui dépasse les simples comportements individuels.

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Une déclaration qui interpelle

Lors de son séjour à Igot, dans la province du Wadi-Fira, à la suite d’un conflit meurtrier, Mahamat Idriss Déby Itno a été sans équivoque : « Tant qu’il y aura des armes entre les mains des civils, nous n’aurons pas la paix ; on doit changer ce genre de comportement. » Une déclaration forte, à la hauteur de la gravité des événements. Mais au-delà de l’intention, elle ouvre une brèche dans le discours officiel.

Car pointer du doigt les civils, c’est aussi éviter une question plus dérangeante : d’où viennent ces armes ? Comment se retrouvent-elles en circulation dans des villages parfois reculés, loin de toute structure militaire formelle ?

Des armes qui ne tombent pas du ciel

Il serait naïf de croire que ces armes apparaissent spontanément entre les mains des populations. Leur présence est le résultat d’un enchaînement de failles : frontières poreuses, trafics transnationaux, mais aussi complicités internes. Dans un pays marqué par des décennies de conflits, la circulation des armes s’inscrit dans une longue histoire, que les autorités n’ont jamais totalement maîtrisée.

Ces armes, souvent sophistiquées, ne sont pas accessibles sans relais. Elles supposent des circuits, des réseaux, et parfois une tolérance implicite. Dès lors, la question n’est plus seulement sécuritaire, elle devient politique.

Une responsabilité qui remonte

Affirmer qu’il faut changer les comportements des civils est une évidence. Mais cela reste insuffisant si l’on ne s’attaque pas aux racines du problème. Qui contrôle réellement la circulation des armes dans le pays ? Qui garantit que ces équipements ne quittent pas les arsenaux officiels ?

L’absence de réponses claires nourrit la suspicion. Elle renforce l’idée que la prolifération des armes est aussi le symptôme d’un dysfonctionnement au sommet de l’État. Là où l’autorité devrait rassurer, elle semble parfois dépassée, voire absente dans certaines localités.

Repenser l’autorité de l’État

Dans plusieurs régions, l’État peine à affirmer sa présence. Cette fragilité ouvre la voie à des formes d’auto-défense communautaire, où chacun se protège comme il peut. Et dans ce contexte, les armes deviennent un moyen de survie autant qu’un facteur d’escalade.

La paix ne pourra être durable sans une reprise en main sérieuse de la question sécuritaire. Cela passe par un désarmement effectif, mais aussi par une volonté politique claire de remonter les filières et d’assumer les responsabilités.

Car au fond, ce ne sont pas seulement les civils qu’il faut interroger, mais bien le système qui permet encore aujourd’hui aux armes de circuler librement.

Martin HIGDE NDOUBA

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