Fact checking

Tension politique en RDC : Comment un discours de Mamadi Doumbouya datant de 2023 a été détourné à l’ONU

Allégation

Une vidéo de 1 min 23 s circule abondamment sur les réseaux sociaux, notamment sur le réseau X (ex-Twitter) à partir du compte @chauffeur243 (CHAUFFEUR Tout-Kin, post ID 2102990612924338604 cumulant des dizaines de milliers de vues). La vidéo montre le dirigeant guinéen Mamadi Doumbouya à la tribune de l’ONU déclarant que « les vrais putschistes (…) ce sont ceux en col blanc qui modifient les règles du jeu pendant la partie pour conserver les rênes du pouvoir ».

La publication est relayée en septembre 2026, au moment précis où se déroule la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies à New York, et suscite de vives réactions politiques dans la région des Grands Lacs surtout en RDC, où des internautes l’utilisent pour commenter la situation politique locale et s’opposer au président Félix Tshisekedi.

Verdict Vrai mais hors contexte

L’extrait vidéo est parfaitement authentique et n’a subi aucune manipulation technique ou génération par IA. Les propos tenus sont rigoureusement fidèles au discours officiel. Cependant, la vidéo ne date pas de la session actuelle de l’ONU en septembre 2026, mais du 21 septembre 2023 lors de la 78ᵉ session. De plus, le statut politique de l’orateur a considérablement évolué depuis.

Contexte et origine de la réitération virale

En septembre 2026, la tenue de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York a ravivé la circulation de cette vidéo d’archive. Relayé par des comptes influents tels que @chauffeur243, cet extrait de 2023 a été instrumentalisé dans plusieurs débats politiques nationaux en Afrique centrale et de l’Ouest.

Des internautes congolais (RDC) l’ont notamment réutilisée pour faire un parallèle avec les tensions politiques régionales et la contestation du pouvoir à Kinshasa. Par ailleurs, l’extrait est repartagé alors même que la trajectoire politique de l’orateur a changé. Au moment du discours en 2023, Mamadi Doumbouya dirigeait la transition guinéenne sous le grade de Colonel et le titre de « Président de la Transition ». Depuis lors, il a été promu Général, une nouvelle Constitution a été adoptée, et il a remporté l’élection présidentielle de décembre 2025 avec 86,72 % des voix, prêtant serment comme Président de la République investi le 17 janvier 2026.

Vérification des faits

L’analyse de l’extrait confirme qu’il s’agit d’une séquence officielle d’archive non altérée. « Le putschiste n’est pas seulement celui qui prend les armes, qui renverse un régime. Je souhaite que l’on retienne que les vrais putschistes, les plus nombreux, qui ne font l’objet d’aucune condamnation, c’est aussi ceux qui manigancent, qui utilisent la fourberie, qui trichent pour manipuler les textes de la Constitution enfin de se maintenir éternellement au pouvoir. Ce sont ceux en col blanc qui modifient les règles du jeu pendant la partie pour conserver les rênes du pouvoir. Voilà les putschistes les plus nombreux », avait-il prononcé.

L’enregistrement a été réalisé le jeudi 21 septembre 2023, à l’occasion de la 78ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, au siège de l’ONU à New York. Le synthétiseur d’antenne indiquant « COLONEL MAMADI DOUMBOUYA / PRÉSIDENT DE LA TRANSITION » correspond à l’habillage graphique utilisé par la télévision nationale guinéenne (RTG) lors de la retransmission en direct. Ce discours s’inscrivait dans le sillage du coup d’État survenu le 26 juillet 2023 au Niger. Mamadi Doumbouya y prenait la parole pour légitimer la vague de transitions militaires en Afrique de l’Ouest (Guinée, Mali, Burkina Faso, Niger) tout en fustigeant les « putschs constitutionnels » opérés par des dirigeants civils.

La publication d’origine sur le réseau X (ex-Twitter), diffusée par le compte @chauffeur243, accompagnait l’extrait de la mention : « Les opposants doivent relayer cette vidéo ! (…) Tout a été dit ici ! ». Cette relance a généré une vague de commentaires politisés. Certains internautes ont récupéré cette rhétorique pour justifier la prise d’armes d’anciens mouvements ou de groupes armés comme l’AFDL ou le M23. D’autres utilisateurs, à l’instar des comptes @JacquesMul27282 ou @AlbertKamw63405, ont détourné le message pour attaquer directement la gouvernance du président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi.

Même si le président Mamadi Doumbouya est de nouveau présent à New York en ce mois de septembre 2026 dans le cadre de la 81ᵉ session de l’ONU, où il s’exprime désormais avec le statut de président constitutionnellement élu, la séquence virale n’a aucun lien avec les débats actuels de 2026. La réintroduction de cet extrait de 2023 sans précision temporelle entretient la confusion auprès du public, laissant croire à une prise de parole contemporaine.

Il faut souligner que les informations présentées s’appuient sur le recoupement des archives vidéo enregistrées par UN Web TV lors de la 78ᵉ session de 2023, les retranscriptions officielles publiées par la Présidence de la République de Guinée, les dépêches de la Cour suprême de Guinée datant de janvier 2026, ainsi que l’historique des publications issues des comptes du réseau X, notamment @chauffeur243.

Conclusion

La vidéo est authentique dans son contenu, mais trompeuse dans sa temporalité. Si le colonel Mamadi Doumbouya a bien prononcé ces mots dénonçant les tripatouillages constitutionnels, cette intervention remonte à septembre 2023. Son recyclage viral sur le réseau X en septembre 2026 profite du calendrier de l’actuelle Assemblée générale de l’ONU pour alimenter des débats politiques régionaux au détriment du contexte historique et institutionnel d’origine.

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