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Tchad : trois ans après l’interdiction, l’alcool frelaté défie toujours l’État

Trois ans après la décision d’interdire la commercialisation des boissons impropres à la consommation, l’alcool frelaté circule toujours au Tchad. De l’importation à la vente de détail, la filière reste active, souvent au vu et au su de tous. Dans les marchés comme dans certains quartiers populaires, ces produits sont proposés à bas prix, attirant une clientèle aux revenus modestes.

Face à cette réalité, le ministre du Commerce, Guibolo Mathieu Fanga, a récemment rappelé le cadre légal : « L’importation, la fabrication, la détention, la circulation, la vente et la consommation de boissons alcoolisées frelatées sont strictement interdites sur l’ensemble du territoire national. » Un message clair, mais qui intervient dans un contexte où l’alcool frelaté demeure facilement accessible.

Une bombe sanitaire silencieuse

Il ne s’agit pas seulement d’ordre public, mais de vies humaines. Derrière chaque verre d’alcool frelaté, il y a un risque d’intoxication, de séquelles irréversibles, parfois de mort. Les familles touchées ne font pas la une, mais elles existent. Et leur silence ne doit pas servir d’alibi à l’inaction.

Si ce commerce prospère, c’est parce qu’il est peu risqué pour ceux qui le pratiquent. Les contrôles sont rares, les sanctions peu visibles. Résultat : l’alcool frelaté devient un business comme un autre, porté par la pauvreté, le chômage et la faiblesse de la régulation.

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La responsabilité de l’État

Interdire, c’est bien. Faire respecter, c’est mieux. Tant que les autorités ne montreront pas une volonté ferme, les textes resteront décoratifs. L’alcool frelaté ne disparaîtra pas par des mots, mais par des actes coordonnés entre douanes, police, santé publique et justice.

Voir l’alcool frelaté circuler librement finit par banaliser le danger et décrédibiliser la loi. Or un État qui ne fait pas respecter ses propres décisions fragilise sa parole. La vraie question n’est plus de rappeler l’interdiction, mais de prouver qu’elle existe réellement.

Martin HIGDE NDOUBA

 

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