Taekwondo : des champions de demain sous un hangar
Ils frappent, esquivent, tombent et se relèvent. Ils rêvent de médailles et de compétitions internationales. Mais pour préparer leurs victoires, les jeunes taekwondoïstes tchadiens doivent se contenter d’un hangar à Diguel, pompeusement surnommé « Palais des sports ». Une image qui résume à elle seule le paradoxe d’un pays qui veut des champions sans toujours leur donner les moyens de le devenir.
A Lire aussi/Burkina : Karamoko Jean Marie Traore renforce le cadre de concertation avec la diaspora
Palais de la débrouille
Il faut parfois regarder le sport tchadien autrement. Pas seulement à travers les médailles, les podiums ou les hymnes nationaux, mais aussi à travers les lieux dans lesquels ces performances sont préparées.
Le championnat national de Taekwondo vient de livrer une image difficile à ignorer : des athlètes venus de plusieurs provinces, réunis pour défendre leurs couleurs et décrocher les titres nationaux, dans un simple hangar à Diguel.
Les habitués l’appellent avec affection le « Palais des sports de Diguel ». L’expression pourrait prêter à sourire si elle ne révélait pas une réalité beaucoup plus sérieuse. Car derrière cette appellation se cache une question embarrassante : comment un pays peut-il prétendre développer le sport de haut niveau lorsque ses champions doivent encore combattre sous une bâche ?
Des médailles, mais peu de moyens
Le Taekwondo fait partie de ces disciplines qui démontrent régulièrement que le talent tchadien existe. Les athlètes se battent, progressent et représentent le pays au-delà de ses frontières. Mais le talent seul ne suffit pas.
Un champion se construit dans la durée, avec des entraîneurs, des équipements adaptés, des espaces sécurisés et des conditions d’entraînement dignes. On ne peut pas demander à la jeunesse sportive de décrocher des médailles internationales tout en lui offrant des infrastructures qui ressemblent davantage à des solutions provisoires qu’à une véritable politique sportive.
Le problème n’est donc pas le manque d’ambition des athlètes. Le problème, c’est l’écart entre leurs ambitions et les moyens mis à leur disposition.
Le sport ne peut plus être le parent pauvre
Pendant que les jeunes se battent sur le tapis, une autre bataille devrait se jouer dans les bureaux : celle des infrastructures. Le Taekwondo ne réclame pas seulement des applaudissements lorsqu’une médaille est remportée. Il mérite une politique cohérente, capable de transformer les performances individuelles en véritable stratégie nationale.
Combien de jeunes talents abandonnent parce qu’ils ne disposent pas d’un cadre adéquat ? Combien de champions potentiels restent invisibles faute de moyens ? Combien de disciplines continuent de survivre grâce au courage des athlètes et au dévouement des encadreurs ? Il est temps de poser ces questions sans détour.
Sous la bâche, une génération attend
Dans ce hangar de Diguel, quelque chose de beaucoup plus important qu’un championnat se joue. Une génération tente de se construire. Chaque combat est une déclaration : malgré les difficultés, ces jeunes refusent de renoncer. Mais leur courage ne doit pas servir de prétexte à l’inaction publique.
Le Taekwondo tchadien mérite mieux qu’un hangar transformé en palais par nécessité. Les sportifs tchadiens méritent mieux que des infrastructures improvisées. Et la jeunesse mérite mieux que des discours sur l’avenir. Le pays veut des médailles ? Qu’il commence par investir dans ceux qui les remportent. Le pays veut une jeunesse disciplinée, ambitieuse et compétitive ? Qu’il lui offre des espaces pour apprendre, s’entraîner et rêver.
Le Taekwondo peut continuer à produire des champions sous une bâche. Mais jusqu’à quand le Tchad acceptera-t-il que ses champions s’entraînent dans des conditions de fortune ? Un pays qui veut rayonner par son sport doit d’abord construire les lieux où naissent ses victoires.
Martin HIGDE NDOUBA

