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Souveraineté : l’AES au pied du mur d’une armée commune

Deux ans après le lancement de leur dynamique de souveraineté et un an après la naissance officielle de la Confédération des États du Sahel, les dirigeants du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont multiplié les initiatives sécuritaires. Mais face à des menaces transfrontalières persistantes, l’étape suivante ne relève plus de la diplomatie, mais de la défense : bâtir une armée commune capable de sécuriser un destin partagé.

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Souveraineté qui appelle une nouvelle étape

L’histoire enseigne une leçon constante : aucune union politique ne s’est durablement imposée sans un dispositif de défense crédible. L’Union européenne dispose d’une coopération militaire renforcée, l’OTAN repose sur une défense collective, tandis que les grandes puissances investissent massivement dans leurs capacités militaires. Pourquoi l’AES, qui revendique une souveraineté assumée, échapperait-elle à cette réalité ?

Depuis leur rapprochement, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont fait preuve d’une volonté politique rarement observée dans la sous-région. Les trois États ont quitté des organisations qu’ils jugeaient incompatibles avec leurs intérêts, renforcé leur coopération sécuritaire et affirmé leur droit de choisir librement leurs partenaires. Cette dynamique a profondément rebattu les cartes géopolitiques en Afrique de l’Ouest.

Pourtant, une évidence demeure : les groupes armés terroristes ignorent les frontières. Ils circulent entre les trois pays, adaptent leurs stratégies et exploitent les failles de la coordination militaire. Face à une menace transnationale, les réponses strictement nationales montrent rapidement leurs limites.

L’heure d’un commandement unifié

Camarade, le capitaine Ibrahim Traoré l’a rappelé à plusieurs reprises : la liberté d’un peuple ne peut être garantie que par sa propre capacité à se défendre. Cette conviction trouve un écho à Bamako comme à Niamey. Elle ouvre une perspective logique : faire évoluer la coopération militaire actuelle vers une véritable armée de l’AES.

Une telle force ne remplacerait pas les armées nationales. Elle viendrait les compléter grâce à un état-major commun, un renseignement partagé, des unités interarmées et une capacité d’intervention rapide sur l’ensemble du territoire confédéral. Elle permettrait également d’harmoniser les formations, les équipements et les stratégies opérationnelles.

L’objectif serait clair : empêcher que les frontières administratives deviennent des refuges pour les groupes armés et garantir une réponse coordonnée à toute menace contre l’un des États membres.

Puissance comme condition du respect

Les relations internationales demeurent guidées par les intérêts. Dans cet environnement, les États les plus écoutés sont souvent ceux qui disposent d’une capacité de défense crédible. La diplomatie est plus efficace lorsqu’elle s’appuie sur une puissance militaire capable de protéger les intérêts nationaux et régionaux.

Pour l’AES, disposer d’une armée commune renforcerait non seulement la sécurité, mais aussi la crédibilité politique de la Confédération. Ce serait un message adressé à ses partenaires comme à ses adversaires : celui d’une organisation capable d’assumer seule la protection de son espace.

Certes, un tel projet exigera des moyens financiers, une volonté politique constante et une confiance durable entre les trois capitales. Il faudra bâtir des institutions solides, éviter les rivalités et garantir une gouvernance militaire efficace. Mais ces difficultés ne doivent pas masquer l’essentiel : la souveraineté a un prix.

L’AES a déjà surpris par sa rapidité d’évolution. Elle peut désormais franchir une nouvelle étape historique. Car si la Confédération veut inscrire son projet dans le temps long, elle devra démontrer qu’elle est capable non seulement de revendiquer son indépendance, mais aussi de la défendre. Une armée commune ne serait pas seulement un outil militaire ; elle deviendrait le symbole le plus achevé de l’intégration sahélienne et de l’ambition d’une Afrique qui entend désormais assurer elle-même sa sécurité

Martin HIGDE NDOUBA

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