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Sans salle de cinéma, le Tchad regarde son cinéma mourir en silence

À l’occasion de la 29e édition du FESPACO, le Tchad a été célébré comme pays d’honneur. Une reconnaissance symbolique forte pour le cinéma tchadien, qui contraste pourtant avec une réalité troublante : l’absence persistante de salle de cinéma sur l’ensemble du territoire.

Une reconnaissance internationale au goût d’inachevé

Du 22 février au 1er mars 2025, à Ouagadougou, le Tchad a occupé une place de choix au FESPACO, le plus grand rendez-vous du cinéma africain. Cette distinction met en lumière une nouvelle génération de réalisateurs tchadiens, talentueux et engagés, dont les œuvres commencent à circuler sur la scène internationale.

Mais cette reconnaissance internationale a un goût d’inachevé. Car si les films tchadiens voyagent, ils peinent encore à être vus chez eux. Et pour cause : aucune véritable salle de cinéma fonctionnelle n’existe aujourd’hui dans le pays.

Des infrastructures à l’abandon

L’absence de salle de cinéma n’est pas due à un manque d’histoire, mais plutôt à un déficit d’entretien et d’investissement. À N’Djamena, des lieux emblématiques comme le Cinéma Normandie ont longtemps servi de vitrines culturelles avant de sombrer dans l’abandon.

Faute de moyens, ces infrastructures ont fermé leurs portes, privant ainsi le public d’un accès régulier au 7e art. Aujourd’hui, la salle de cinéma est devenue un symbole d’un secteur culturel en panne, incapable de structurer un marché local viable.

Sans salle de cinéma, l’industrie cinématographique tchadienne fonctionne en circuit fermé. Les réalisateurs produisent, mais ne peuvent pas diffuser localement. Cette situation fragilise toute la chaîne de valeur : absence de recettes, manque de visibilité, et dépendance accrue aux festivals étrangers.

Le cinéma devient alors un art d’exportation, déconnecté de son public national. Une contradiction majeure dans un pays où les récits, les langues et les cultures constituent une richesse inestimable.

Un enjeu culturel et politique majeur

Au-delà de l’économie, l’absence de salle de cinéma pose un véritable enjeu de souveraineté culturelle. Le cinéma est un outil de narration, d’éducation et de construction identitaire. Sans espace de diffusion, c’est toute une génération qui grandit sans accès à ses propres images.

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Réhabiliter une première salle de cinéma moderne au Tchad serait donc un acte politique fort. Cela impliquerait une volonté publique claire, mais aussi un appel aux investisseurs privés et aux partenaires culturels.

Face à cette réalité, des alternatives émergent. Les projections mobiles, les festivals locaux et les initiatives communautaires tentent de combler l’absence de salle de cinéma. Mais ces solutions restent ponctuelles et ne peuvent remplacer des infrastructures durables.

Le paradoxe est donc saisissant : un pays mis à l’honneur au FESPACO, mais sans salle de cinéma pour célébrer son propre talent. Si le Tchad veut transformer cette reconnaissance en véritable essor culturel, il devra impérativement investir dans des infrastructures durables. Car sans salle de cinéma, le cinéma tchadien risque de rester une promesse sans public.

Martin HIGDE NDOUBA

 

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