Prospection minière : pourquoi le Tchad ferme-t-il soudainement le robinet ?
Le Tchad suspend jusqu’à nouvel ordre toute nouvelle autorisation de prospection minière. Une décision lourde de conséquences dans un pays qui cherche à diversifier son économie et à mieux valoriser ses ressources naturelles. Mais derrière ce coup d’arrêt, une question demeure : que prépare réellement le gouvernement ?
Grand silence autour d’une décision majeure
Le ministère des Mines, du Pétrole et de la Géologie a annoncé, le 10 septembre, la suspension de toute nouvelle demande d’autorisation de prospection minière sur l’ensemble du territoire national. La mesure, prise par l’arrêté ministériel n°064/MMPG/SE/SG/DGGCM/2026, s’applique jusqu’à nouvel ordre.
Le communiqué tient en quelques lignes. Mais la décision, elle, est loin d’être anodine. Dans un pays où l’exploitation des ressources naturelles est régulièrement présentée comme l’un des futurs moteurs de croissance, suspendre les nouvelles demandes de prospection minière revient à appuyer brutalement sur le bouton « pause ». Et c’est précisément ce qui interroge.
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Une pause, mais pour quelle raison ?
Le ministère demande aux sociétés minières, aux opérateurs économiques et aux partenaires concernés de respecter strictement la mesure. Très bien. Mais pourquoi cette suspension ? S’agit-il d’un audit du secteur ? D’une révision du cadre juridique ? D’un problème lié à l’attribution des permis ? D’une volonté de mieux protéger les ressources et l’environnement ? Pour l’heure, le gouvernement ne donne pas de réponse.
Or, lorsqu’une décision touche directement un secteur stratégique, le silence nourrit forcément les interrogations. La politique minière ne peut pas se résumer à délivrer ou suspendre des autorisations derrière les portes des administrations. Le sous-sol tchadien appartient à la nation. Sa gestion devrait donc relever d’une stratégie clairement expliquée aux citoyens.
Urgence de remettre de l’ordre
Cette suspension peut pourtant devenir une opportunité. Le Tchad a besoin de faire le ménage dans sa gouvernance minière, d’améliorer la transparence des permis, de renforcer les contrôles environnementaux et surtout de s’assurer que l’exploitation des ressources profite réellement à l’économie nationale.
Car pendant trop longtemps, les ressources naturelles africaines ont été présentées comme une promesse de développement sans que les populations en voient toujours les bénéfices.
Une politique minière sérieuse doit répondre à des questions simples : combien de permis sont actifs ? Qui les détient ? Quelles recettes l’État perçoit-il ? Combien d’emplois sont créés ? Que deviennent les communautés installées autour des sites d’exploitation ?
Le sous-sol ne peut pas rester une boîte noire
La suspension des nouvelles autorisations peut donc être une bonne décision si elle prépare une réforme ambitieuse. Elle deviendrait en revanche préoccupante si elle n’était qu’une décision administrative supplémentaire sans explication ni calendrier.
Le Tchad ne manque pas de ressources. Ce qui lui manque encore, c’est parfois la capacité à transformer ses richesses naturelles en richesse collective.
Le gouvernement doit donc parler, expliquer, publier les règles et rendre compte. Car suspendre une autorisation minière est une décision administrative. Mais construire une véritable politique minière, elle, est une décision politique.
Martin HIGDE NDOUBA