Projet PROTECT : Lomé lance une offensive régionale contre la traite des êtres humains
La capitale togolaise abrite depuis ce mercredi 4 novembre 2026 l’atelier régional du projet PROTECT, une initiative ambitieuse visant à endiguer la traite des personnes dans le Golfe de Guinée. Financé à hauteur de huit millions d’euros par l’Agence Française de Développement et mis en œuvre par Expertise France, ce programme mobilise les acteurs institutionnels de huit pays de la sous-région, à savoir le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, le Liberia, le Nigeria, la Sierra Leone et le Togo. Les travaux, prévus sur deux jours, ont été officiellement ouverts par Dr Pyabalo Mazama-Esso Minza, Directeur de cabinet, représentant la Ministre togolaise des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance..
Une approche régionale et multidimensionnelle face à un fléau transnational

Le projet PROTECT, dont l’acronyme désigne la prévention de la traite par le renforcement opérationnel, le transfert de compétences et la coopération transfrontalière, s’inscrit dans la continuité des efforts précédemment soutenus par l’Union européenne. Tiguida Camara, Directrice adjointe du département gouvernance chez Expertise France, a souligné la nécessité d’une réponse coordonnée dépassant les frontières nationales. Elle a précisé que ce projet s’appuie sur une approche holistique et sensible au genre, intégrant la protection des victimes, la prévention, la répression et le renforcement de la chaîne pénale. Selon elle, cette dimension régionale apporte une valeur ajoutée remarquable en favorisant une synergie entre les acteurs étatiques et les partenaires techniques, faisant de ce programme un véritable espace de coopération pour surmonter les défis liés à l’invisibilisation de certaines formes d’exploitation.
Un financement stratégique pour pallier le déficit de données et anticiper les menaces
La question de la fiabilité des statistiques constitue un défi majeur dans l’élaboration des politiques publiques de lutte contre la traite. Matthieu Genin, Responsable des équipes projets Gouvernance à la Direction Régionale Golfe de Guinée de l’Agence Française de Développement, a mis en exergue le fait que les données actuellement disponibles ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Il a indiqué que le financement octroyé vise spécifiquement à améliorer la production et l’analyse de ces données pour doter les décideurs d’outils performants. Il a également alerté sur les menaces émergentes dans l’espace numérique, où les trafiquants exploitent de nouveaux leviers. Ce projet aura pour mission de renforcer l’action en ligne et d’anticiper ces dynamiques, tout en plaçant les comités nationaux au cœur des décisions et du suivi-évaluation.

L’engagement du Togo et l’impératif d’une synergie d’action institutionnelle
Pour les autorités togolaises, cette mobilisation régionale résonne parfaitement avec la vision du gouvernementale axée sur la protection du capital humain. Dr Minza a rappelé qu’aucune nation ne peut relever seule les défis posés par ces réseaux criminels. Il a détaillé les axes stratégiques du projet, insistant sur l’appui institutionnel, le renforcement de la coopération transfrontalière et l’accompagnement des survivants. Abondant dans le même sens, Dr Amah Ajavon, Directeur général de la protection de l’enfance et président de la commission nationale de lutte contre la traite au Togo, s’est réjoui de la participation de son pays à cette rencontre soulignant que cette lutte est encore plus efficace quand elle est menée de concert avec les autres. Il a réaffirmé que ce nouveau cadre de collaboration viendra consolider les acquis déjà obtenus grâce à l’appui d’Expertise France, garantissant ainsi une meilleure protection des populations face à ce phénomène intolérable.
Deux jours d’échanges pour consolider la gouvernance sous-régionale
Jusqu’au jeudi 5 novembre, les experts, décideurs et partenaires techniques réunis à Lomé se penchent sur les résultats de huit diagnostics nationaux et d’une étude régionale axée sur les questions de genre. Les discussions s’articulent autour de thématiques cruciales telles que l’intégration du genre dans la chaîne pénale, la dimension digitale de la criminalité, les défis liés à l’interopérabilité des données et le renforcement de la coopération sous-régionale. Ces travaux devront aboutir à des recommandations concrètes et à l’adoption d’outils de gouvernance partagés, permettant aux huit pays partenaires de transformer leurs engagements en actions de terrain décisives jusqu’à l’échéance du projet prévue en octobre 2029.