ONU : comment une Afrique divisée peut-elle peser à la table des puissants ?
L’Afrique réclame depuis des années une représentation permanente au Conseil de sécurité de l’ONU. Une revendication portée officiellement par l’Union africaine, qui demande notamment au moins deux sièges permanents avec droit de veto. Mais derrière cette ambition diplomatique se pose une question plus embarrassante : comment transformer cette revendication commune en véritable rapport de force lorsque les États africains peinent encore à parler d’une seule voix ?
Revendication légitime, mais défi collectif
À l’ouverture de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, la réforme du Conseil de sécurité est de nouveau au cœur des débats. Le président de l’Assemblée générale a lui-même souligné la sous-représentation persistante de l’Afrique au Conseil.
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Sur le papier, la position africaine est claire. L’Union africaine réclame au moins deux sièges permanents, avec les mêmes prérogatives que les autres membres permanents, ainsi que cinq sièges non permanents. Cette position découle du consensus d’Ezulwini et de la déclaration de Syrte. Mais une revendication commune suffit-elle à construire une puissance commune ? C’est là que le bât blesse.
Afrique qui parle encore en plusieurs langues
L’Afrique reste confrontée à des divergences profondes sur les questions diplomatiques, sécuritaires et géopolitiques. Les intérêts nationaux prennent souvent le dessus sur les ambitions continentales. Les alliances extérieures, les différentes visions de la souveraineté et les rapports particuliers avec les anciennes puissances coloniales compliquent davantage la recherche d’une position réellement collective.
L’exemple ouest-africain est révélateur. Burkina Faso,Mali et Niger ont officiellement quitté la CEDEAO le 29 janvier 2025, après avoir engagé leur retrait de l’organisation.
Ce départ ne signifie pas que toute coopération régionale est impossible. Il montre cependant combien l’intégration africaine demeure fragile lorsque les États ne partagent plus les mêmes priorités politiques et sécuritaires.
Des organisations à renforcer, pas à condamner
Dire que les organisations africaines ne servent à rien serait toutefois réducteur. La CEDEAO continue de porter des mécanismes d’intégration économique, tandis que la CEMAC œuvre à l’intégration économique et monétaire de ses six États membres.
Le véritable problème est peut-être ailleurs : ces institutions doivent encore démontrer qu’elles peuvent dépasser les intérêts nationaux et produire des résultats suffisamment visibles pour nourrir une véritable solidarité politique.
L’Afrique ne manque donc pas seulement de sièges à l’ONU. Elle manque surtout d’un rapport de force collectif capable de donner du poids à ses revendications.
Avant le siège, construire la voix
Obtenir un siège permanent serait historique. Mais posséder un fauteuil ne garantit pas l’influence. Si les représentants africains arrivent au Conseil de sécurité avec des positions contradictoires, le symbole risque de prendre le dessus sur le pouvoir réel.
L’Afrique dispose pourtant d’un poids démographique, économique et diplomatique considérable. L’Union africaine affirme d’ailleurs que le continent, fort de 55 États, ne peut plus rester durablement sous-représenté dans la gouvernance mondiale. La question n’est donc pas seulement : quand l’Afrique aura-t-elle un siège permanent ? Elle est aussi : quelle Afrique occupera ce siège ?
Car pour peser dans l’ordre mondial, l’Afrique devra d’abord apprendre à transformer ses 55 voix en une force politique cohérente. Et tant que cette unité restera davantage proclamée que pratiquée, le siège tant convoité à l’ONU risque de rester un symbole plus qu’un véritable instrument de puissance.
Martin HIGDE NDOUBA

