N’Djamena : sans marché moderne, les vendeurs de moutons pris au piège
À Karkandjiyé, dans le 5ᵉ arrondissement de N’Djamena, une opération de la Police municipale a conduit une dizaine de moutons à la fourrière, le 26 octobre 2026. Si la mairie entend libérer les voies publiques, cette mesure soulève une question économique : où les commerçants peuvent-ils vendre leurs animaux en toute légalité ? L’absence d’un marché moderne de détail pourrait fragiliser davantage ces professionnels, tandis que le devenir des animaux saisis suscite des interrogations.
Libérer les rues, mais à quel prix ?
La Police municipale a intensifié, ce lundi 26 octobre, ses opérations contre l’occupation anarchique des voies publiques, les stationnements irréguliers et la vente de moutons sur la chaussée. À Karkandjiyé, une dizaine d’animaux ont ainsi été conduits à la fourrière.
A Lire aussi/Mali-Ghana : Abdoulaye Maïga et le nouvel ambassadeur peuvent-ils ouvrir une nouvelle ère de coopération ?
Pour la mairie, l’objectif est d’améliorer la circulation et de remettre de l’ordre dans l’espace urbain. Les trottoirs et les chaussées ne peuvent effectivement pas devenir des lieux de commerce sans règles, au risque de gêner les piétons et les automobilistes.
Mais derrière cette opération se trouvent des commerçants dont les revenus dépendent de la vente quotidienne de leurs moutons. Pour eux, chaque animal immobilisé représente du capital bloqué, des frais supplémentaires et une transaction potentiellement compromise. L’application des règles municipales peut donc avoir des conséquences économiques importantes lorsque les solutions de remplacement restent insuffisantes.
Où vendre les moutons sans enfreindre la loi ?
Le problème dépasse la seule question de l’occupation des rues. Il pose celle de l’organisation du commerce du bétail dans une capitale en pleine expansion.
À N’Djamena, les vendeurs ont besoin d’espaces adaptés, accessibles aux clients et suffisamment grands pour accueillir les moutons. Un marché moderne de détail consacré au bétail permettrait de mieux encadrer cette activité, de faciliter les transactions et de limiter les installations improvisées sur les voies publiques.
Un tel équipement devrait prévoir des emplacements délimités, des points d’eau, des dispositifs d’hygiène et des accès adaptés au transport des animaux. Il offrirait également à la mairie un cadre plus efficace pour contrôler les vendeurs et organiser la circulation autour des zones commerciales.
Sans une alternative crédible, les déguerpissements risquent de déplacer le problème d’un quartier à un autre, tout en fragilisant les petits commerçants. L’enjeu n’est donc pas de choisir entre la circulation et le commerce, mais de permettre aux deux activités de coexister dans un cadre réglementé.
Des animaux saisis, une destination qui interroge
Un autre point suscite l’incompréhension : selon les informations rapportées, certains animaux conduits à la fourrière finiraient par servir à nourrir des prisonniers. Cette destination, si elle est confirmée, mérite des explications précises de la part des autorités municipales.
Quel est le fondement réglementaire de cette mesure ? Dans quelles conditions les animaux sont-ils conservés, et selon quelles procédures leur destination est-elle décidée ? Les propriétaires sont-ils informés des modalités de récupération de leurs bêtes et des éventuels frais de fourrière ?
Ces questions sont essentielles. La saisie des moutons ne devrait pas laisser les propriétaires dans l’incertitude, notamment lorsque leur activité commerciale constitue une source importante de revenus. La transparence sur les procédures, les délais de récupération et le devenir des animaux contribuerait à prévenir les tensions et à renforcer la confiance entre les commerçants et la municipalité.
La répression ne remplacera pas l’aménagement
La mairie de N’Djamena est confrontée à un défi réel : rendre les rues praticables sans étouffer les activités économiques qui font vivre de nombreuses familles. Mais l’ordre urbain ne peut durablement reposer sur les seules opérations de déguerpissement.
La construction d’un marché moderne de détail pour les vendeurs de moutons, accompagnée d’une concertation avec les professionnels, permettrait d’apporter une réponse plus durable. En attendant, les autorités gagneraient à préciser les règles applicables, les possibilités de récupération des animaux et les solutions proposées aux commerçants concernés.
Une capitale mieux organisée ne se construit pas seulement en libérant les chaussées. Elle se construit aussi en offrant aux citoyens des espaces où travailler légalement, sans risquer de voir leur activité paralysée du jour au lendemain.
Martin HIGDE NDOUBA

