Ndjamena: chronique d’une fête étouffée
À Ndjamena, la fête de Noël s’est déroulée cette année dans un climat de frustration et de colère contenue. Loin des chants et des repas conviviaux, de nombreux ménages ont dû faire face à une réalité brutale : le poulet, plat central des célébrations, est devenu hors de portée. Dans les marchés de Ndjamena, la flambée des prix a vidé Noël de sa substance.
Une hausse vertigineuse et injustifiée
Dans presque tous les marchés de Ndjamena, le constat est le même. Un poulet se vend désormais à l’unité autour de 7 000 francs CFA, contre 2 500 à 3 000 francs auparavant. Pour de nombreux consommateurs, cette augmentation soudaine ne repose sur aucune logique économique claire, sinon celle de la spéculation opportuniste liée aux fêtes.
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Certains commerçants reconnaissent à demi-mot avoir profité de la forte demande. Résultat : des familles contraintes de réduire leurs dépenses, de remplacer le poulet par des repas plus modestes, ou tout simplement de renoncer à la célébration. Dans plusieurs quartiers, Noël s’est résumé à une journée ordinaire, sans éclat ni partage.
Pendant que les habitants de Ndjamena peinent à joindre les deux bouts, les autorités sillonnent foires et espaces publics, multipliant les apparitions et les messages de circonstance. Mais sur le terrain, aucun contrôle réel des prix n’a été constaté. Cette liberté totale de fixation des tarifs laisse les consommateurs livrés à eux-mêmes.
Un malaise social qui s’installe
Ce Noël de la honte révèle un malaise plus profond : l’érosion du pouvoir d’achat et l’incapacité de l’État à protéger les citoyens lors des périodes sensibles. Au-delà du poulet, c’est la question de la régulation des marchés et de la justice sociale qui est posée.
Ndjamena a vécu une fête amputée de son sens. Un Noël marqué non par la joie, mais par la colère silencieuse d’une population qui attend encore que les fêtes riment avec dignité, et non avec spéculation.
Martin HIGDE NDOUBA