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Ministères en location : jusqu’où ira l’État locataire ?

Voilà une curiosité de la République qui devrait interpeller bien davantage les parlementaires : certains ministères tchadiens exercent encore leurs missions dans des bâtiments loués. Après 66 ans de souveraineté, l’État serait-il devenu locataire de ses propres institutions ? La question n’est pas seulement symbolique. Elle touche à la gestion du patrimoine public, à la discipline budgétaire et à l’utilisation de l’argent du contribuable.

Quand la République paie pour ses propres bureaux

Dans un pays où les besoins sociaux sont immenses, voir certains ministères occuper durablement des locaux privés a de quoi surprendre. Louer peut se justifier lorsqu’il s’agit d’une solution provisoire. Mais lorsque le provisoire devient permanent, il faut bien finir par poser les bonnes questions.

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Combien l’État dépense-t-il chaque année en loyers ? Quels ministères sont concernés ? Qui sont les propriétaires des bâtiments ? Quelle est la durée des contrats ? Et surtout, ces dépenses sont-elles réellement plus économiques que la construction et l’entretien d’un patrimoine administratif public ? Autant de questions qui ne devraient pas rester dans les couloirs de l’administration.

Des parlementaires qui doivent regarder au-delà des chiffres

Le contrôle parlementaire ne peut pas se limiter à examiner les grandes lignes d’un projet de budget. Il doit aussi s’intéresser aux dépenses qui semblent ordinaires mais qui, accumulées pendant des années, peuvent devenir une véritable charge pour les finances publiques.

La location des bâtiments administratifs devrait ainsi être documentée et débattue publiquement. Les députés et sénateurs doivent savoir combien coûtent ces locations et pourquoi l’État continue de les financer.

Car si des ministères paient des loyers pendant dix, quinze ou vingt ans, la question devient simple : n’aurait-il pas été plus rationnel d’investir dans des bâtiments appartenant à l’État ?

 

66 ans après, toujours pas de politique immobilière ?

Le paradoxe est encore plus saisissant lorsqu’on regarde la durée de l’histoire institutionnelle du pays. Après 66 ans de souveraineté, comment expliquer que certains ministères ne disposent toujours pas de sièges administratifs pérennes ?

Le Tchad ne manque pourtant pas de terrains. Il ne manque pas non plus de besoins en infrastructures publiques. Ce qui semble manquer, c’est une véritable vision de long terme.

Il ne s’agit pas de construire des bâtiments luxueux ou des monuments administratifs. Il s’agit de bâtir des locaux fonctionnels, sobres et adaptés aux missions de l’État. Une politique immobilière publique permettrait progressivement de réduire les charges locatives et de constituer un patrimoine transmissible aux générations futures.

Le contribuable mérite des réponses

La question des ministères en location dépasse donc le simple cadre administratif. Elle révèle une manière de gérer l’État : payer aujourd’hui, recommencer demain, sans toujours construire pour après-demain.

Le contribuable mérite de savoir combien cette politique coûte. Les parlementaires ont le devoir de demander les chiffres, d’exiger des explications et d’évaluer les alternatives. Une République qui loue durablement les locaux pour ces ministères devrait au moins se demander si elle ne paie pas, année après année, pour rester propriétaire de rien. Après 66 ans de souveraineté, il est peut-être temps de construire l’État aussi dans ses murs.

Martin HIGDE NDOUBA

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