Actualités

Mali : former pour mieux contrôler sa richesse minière

Face aux défis de la souveraineté économique, le Mali choisit d’investir dans son capital humain. Avec le lancement de 30 bourses d’études dédiées aux métiers de la mine, les autorités de transition affichent une ambition claire : bâtir une expertise minière nationale capable d’accompagner les profondes réformes du secteur et de transformer les richesses du sous-sol en véritable levier de développement.

A Lire aussi/SITHO 2026 : Ouagadougou devient la capitale du tourisme

Former les compétences plutôt que d’exporter les talents

Longtemps dépendants de l’expertise étrangère pour exploiter leurs ressources naturelles, de nombreux pays africains cherchent désormais à inverser la tendance. Le Mali s’inscrit dans cette dynamique en lançant la première cohorte du Programme présidentiel de bourses d’études dans le secteur minier (PPBEM). Trente étudiants bénéficieront d’une formation de haut niveau afin de renforcer l’expertise minière du pays.

Le programme couvre des domaines stratégiques tels que la géologie, l’ingénierie minière, la métallurgie, la gestion des ressources naturelles, la sécurité environnementale, le droit minier et l’économie des ressources extractives. Dix bourses sont destinées aux nouveaux bacheliers tandis que vingt autres seront attribuées à des titulaires d’un DUT ou d’une licence. Les épreuves de sélection sont prévues en ce mois d’août.

Réforme qui dépasse le simple enjeu de l’emploi

Cette initiative ne répond pas uniquement au besoin de créer des emplois qualifiés. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté économique. Depuis plusieurs mois, Bamako réforme sa législation afin d’accroître la participation de l’État dans les projets miniers et d’améliorer les retombées financières pour les populations.

Le Mali figure parmi les principaux producteurs d’or du continent africain. Pourtant, comme dans de nombreux pays riches en ressources naturelles, une grande partie de la valeur ajoutée est encore créée à l’extérieur, faute d’industries locales de transformation et d’une expertise nationale suffisamment développée.

Afrique face au défi de la transformation locale

Selon les estimations de la Banque africaine de développement et de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, les exportations minières représentent chaque année plus de 200 milliards de dollars sur le continent. L’or, le cuivre, le cobalt, le manganèse, le lithium et les terres rares occupent une place stratégique dans le commerce mondial, notamment avec la transition énergétique.

Cependant, plus de 80 %des minerais africains sont exportés à l’état brut ou faiblement transformés. Cette situation prive les économies africaines de milliers d’emplois industriels, de recettes fiscales supplémentaires et du développement de chaînes de valeur locales. Transformer les minerais sur place permettrait de multiplier les revenus, de favoriser le transfert de technologies et de renforcer l’industrialisation du continent.

Capital humain, nouvelle richesse stratégique

En investissant dans la formation de jeunes spécialistes, le Mali envoie un signal fort. L’avenir du secteur minière ne dépend plus seulement des gisements, mais également des compétences capables de les gérer avec efficacité, transparence et responsabilité.

À terme, cette politique pourrait permettre au pays de disposer d’une génération d’ingénieurs, de juristes, d’économistes et de géologues capables de défendre les intérêts nationaux, d’améliorer la gouvernance du secteur et de faire de la richesse minière un véritable moteur de croissance durable. Pour Bamako, la bataille de l’or commence désormais dans les amphithéâtres et les laboratoires autant que dans les carrières.

Martin HIGDE NDOUBA

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page