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Faut-il attendre la visite du président pour agir, naufrage du patriotisme ?

Au lycée Félix Éboué, la visite inopinée du président Mahamat Idriss Déby Itno a provoqué une réaction spectaculaire. Une mobilisation bienvenue, mais qui pose une question dérangeante : pourquoi faut-il attendre la visite du chef de l’État pour que les responsabilités ordinaires soient enfin assumées ?

Quand le président devient le déclencheur

Il aura fallu une visite présidentielle pour que le lycée Félix Éboué attire soudainement l’attention. En quelques heures, ce qui semblait relever de la routine administrative est devenu une priorité. Les regards se sont tournés vers l’établissement, les responsables se sont mobilisés et les changements sont devenus visibles.

Faut-il s’en réjouir ? Oui. Faut-il s’en inquiéter ? Également. Car derrière cette visite, une question embarrassante demeure : que se passe-t-il lorsque le président ne vient pas ?

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Un État moderne ne devrait pas fonctionner au rythme des déplacements de son chef. La responsabilité administrative ne commence pas lorsque le cortège présidentiel arrive. Elle commence bien avant.

Félix Éboué n’est pas une école comme les autres

Le lycée Félix Éboué porte une partie de la mémoire éducative du Tchad. Des générations d’élèves y ont été formées. Des ministres, des administrateurs, des enseignants et de nombreux cadres du pays sont passés par ses salles de classe.

Comment expliquer alors qu’un établissement aussi emblématique puisse attendre une visite présidentielle pour susciter une telle mobilisation ?

La question n’est pas de minimiser les efforts réalisés après le passage du président. Au contraire. Il faut souhaiter que cette dynamique se poursuive. Mais elle devrait être la preuve d’un fonctionnement normal, et non d’une réaction exceptionnelle.

Servir l’État, pas seulement son chef

Il existe une confusion dangereuse entre fidélité politique et devoir administratif. Certains peuvent considérer qu’une mobilisation exceptionnelle autour d’une visite présidentielle traduit l’amour du parti ou la loyauté envers le chef. Mais servir l’État ne consiste pas à attendre le regard du président.

Un chef d’État est une personne. L’État, lui, demeure. Les gouvernements passent, les responsables changent, les établissements restent. Le lycée Félix Éboué continuera d’accueillir des élèves après la visite présidentielle, comme il l’a fait avant. C’est précisément cette continuité qui devrait guider l’action publique.

Le patriotisme ne se mesure pas aux applaudissements

Le véritable patriotisme ne consiste pas à se réveiller lorsque le président arrive. Il se mesure dans le travail quotidien, dans l’entretien des écoles, dans la qualité des services publics et dans la capacité des responsables à résoudre les problèmes avant qu’ils ne deviennent visibles au sommet.

La visite du président peut donc être un électrochoc utile, mais elle ne devrait pas devenir une méthode de gouvernance. Si chaque problème doit attendre une visite présidentielle pour être traité, alors la question n’est plus seulement celle d’un lycée. Elle devient celle de notre conception même de la responsabilité publique. Le président peut montrer la direction. Mais l’État doit savoir marcher sans attendre ses pas.

Martin HIGDE NDOUBA

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