Électricité: la fin du monopole de TchadElec peut-elle éclairer le pays ?
L’annonce est loin d’être anodine. En décidant d’ouvrir le secteur de l’électricité aux investisseurs privés, le gouvernement tchadien s’attaque à l’un des symboles les plus visibles des difficultés structurelles du pays. Derrière cette réforme se cache une ambition : rompre avec des décennies de pénurie énergétique et faire de l’électricité un levier de croissance. Mais entre les intentions politiques et les réalités du terrain, le chemin reste semé d’embûches.
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Monopole de TchadElec à l’épreuve des faits
Depuis sa création, TchadElec concentre la production, le transport et la distribution de l’électricité. Pourtant, cette organisation n’a jamais réussi à satisfaire une demande en constante progression. Les coupures quotidiennes, les quartiers entiers plongés dans le noir et les entreprises contraintes de produire elles-mêmes leur énergie sont devenus le visage d’un secteur en crise.
Le constat est implacable. Selon la Banque mondiale, moins de 12 % des Tchadiens ont accès à l’électricité, tandis qu’en milieu rural ce taux chute sous la barre des 5 %. À l’échelle de l’Afrique subsaharienne, où le taux moyen dépasse 50 %, le retard du Tchad apparaît considérable.
Ce déficit énergétique coûte cher. Les entreprises consacrent une part importante de leurs dépenses au carburant destiné aux groupes électrogènes. Les hôpitaux interrompent parfois leurs activités faute d’alimentation stable. Les écoles peinent à intégrer les outils numériques, tandis que les investisseurs hésitent à s’implanter dans un pays où l’énergie demeure un facteur d’incertitude.
L’ouverture du marché de l’électricité** marque un changement de doctrine. L’État ne souhaite plus être l’unique acteur, mais devenir le régulateur d’un secteur capable d’attirer des capitaux privés.
Cette stratégie pourrait permettre l’arrivée de producteurs indépendants, notamment dans le solaire. Avec plus de 3 000 heures d’ensoleillement par an, le Tchad dispose d’un potentiel parmi les plus élevés du continent. Plusieurs pays africains, comme le Sénégal, le Maroc ou la Côte d’Ivoire, ont déjà démontré qu’un partenariat entre les secteurs public et privé peut accélérer la production d’énergie et améliorer la qualité du service.
Mais la concurrence, à elle seule, ne produit pas de miracles. Les investisseurs recherchent avant tout un environnement juridique stable, des contrats sécurisés et une gouvernance crédible. Sans ces garanties, les annonces risquent de rester lettre morte.
Électricité, condition du développement
Il n’existe aujourd’hui aucune industrialisation durable sans électricité. Une énergie fiable conditionne le fonctionnement des usines, la conservation des produits agricoles, la numérisation des services publics, le développement des PME et l’attractivité économique d’un pays.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, plus de 600 millions d’Africains vivent encore sans accès à l’électricité. Le Tchad figure parmi les pays les plus touchés, alors même que sa population dépasse désormais 20 millions d’habitants et que les besoins énergétiques augmentent chaque année sous l’effet de la croissance démographique et de l’urbanisation.
L’absence d’électricité ralentit également la création d’emplois, accentue les inégalités territoriales et pousse des milliers de jeunes entrepreneurs à limiter leurs ambitions.
L’ouverture du secteur de l’électricité est un tournant politique autant qu’économique. Elle traduit la reconnaissance implicite que le modèle actuel a atteint ses limites. Reste désormais à transformer cette volonté en réalisations concrètes.
Les Tchadiens ne jugeront pas cette réforme à l’aune des textes adoptés, mais à celle des ampoules qui s’allument, des entreprises qui produisent sans interruption et des villages enfin raccordés au réseau. Car, dans le domaine de l’énergie, les promesses éclairent rarement un pays. Seuls les résultats le peuvent.
Martin HIGDE NDOUBA

