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Donatien ZONGO dit tout sur les impôts : qui doit payer, combien et que devient votre argent ?

Fiscalité, impôts, taxes, obligations des contribuables, sanctions en cas de non-paiement. Ces questions concernent aussi bien les salariés que les commerçants, artisans, entrepreneurs et professionnels indépendants. Mais dans la pratique, beaucoup de citoyens peinent encore à comprendre ce qu’ils doivent réellement payer et pourquoi. 

Dans cet entretien, le camarade Donatien Zongo, Inspecteur des impôts, Directeur du Guichet unique du foncier n°1 de Ouagadougou et Secrétaire général de l’Association Fiscalité et Développement Local (AFDL), explique simplement les règles fiscales, les obligations des contribuables et l’importance du civisme fiscal dans le développement du Burkina Faso.

Impôt, taxe, fiscalité : quelle différence ?

Donatien Zongo : Beaucoup de personnes utilisent ces mots sans forcément faire la différence. L’impôt est une somme que la loi demande à certaines personnes ou entreprises de payer à l’État ou aux collectivités territoriales pour financer les besoins de la population, le fonctionnement des services publics et les projets publics.

Lorsqu’un salarié paie l’impôt sur son salaire, qu’une entreprise paie l’impôt sur ses bénéfices ou qu’un bailleur paie un impôt sur ses revenus locatifs, il s’agit bien d’impôts.

La taxe est également une somme prévue par la loi, mais elle est généralement liée à un service, à une activité ou à l’utilisation de certains biens ou équipements publics. Quant à la fiscalité, c’est l’ensemble des règles qui organisent ces prélèvements : quels impôts faut-il payer, qui doit les payer, combien faut-il payer, à quel moment et comment faut-il déclarer et payer ?

Pour faire simple, l’impôt et la taxe sont des prélèvements, tandis que la fiscalité représente l’ensemble des règles qui organisent ces prélèvements.

Pourquoi faut-il payer ses impôts ?

Donatien Zongo : L’État ne peut pas fonctionner sans ressources. Les écoles, les centres de santé, les routes, l’eau potable, l’électricité, les infrastructures agricoles, les services administratifs, la sécurité ou encore la justice nécessitent des moyens financiers.

Une grande partie de ces ressources proviennent des recettes mobilisées à l’intérieur du pays, notamment grâce aux impôts et aux taxes.

Quand un citoyen paie correctement son impôt, il participe donc au financement de la vie de la Nation. Payer l’impôt n’est pas seulement une obligation légale, c’est aussi un acte de citoyenneté.

Aujourd’hui, notre pays veut davantage compter sur ses propres forces et réduire sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur. La souveraineté du pays nécessite donc également des ressources financières.

Que devient concrètement l’argent des impôts ?

 

Donatien Zongo : L’argent des impôts entre dans les ressources publiques et permet à l’État de financer les dépenses prévues dans le budget.

Il ne faut pas penser que l’argent payé par une personne va directement financer une école ou un centre de santé précis. Les ressources publiques servent globalement à financer les différentes priorités du pays.

Cela concerne notamment la sécurité et la défense, l’éducation, la santé, les routes et autres infrastructures, l’eau, l’agriculture, l’énergie, l’administration, la justice et les différents services publics.

Le Burkina Faso a également de grandes ambitions en matière de développement et de souveraineté. Le Plan RELANCE 2026-2030 prévoit notamment une forte mobilisation des ressources nationales pour financer le développement du pays.

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« Quand vous payez votre impôt, vous participez au financement de l’action publique », souligne  le camarade Donatien Zongo, tout en rappelant que cela implique aussi une responsabilité pour l’État : les ressources publiques doivent être bien gérées et utilisées dans l’intérêt de la population.

Qui doit réellement payer des impôts au Burkina Faso ?

Donatien Zongo : Le contribuable n’est pas uniquement le fonctionnaire ou le salarié d’une grande entreprise.

Toute personne qui exerce une activité entrant dans le champ de la fiscalité peut avoir des obligations fiscales. Il peut s’agir d’un commerçant, d’un artisan, d’un restaurateur, d’un mécanicien, d’un transporteur, d’un prestataire de services, d’un professionnel indépendant ou encore d’une entreprise.

Une personne qui vend des vêtements, des chaussures ou des aliments, par exemple, peut également être concernée par la fiscalité.

Pour tenir compte de la réalité des petites activités, le système fiscal prévoit notamment la Contribution des micro-entreprises (CME).

Il faut donc sortir de l’idée selon laquelle « l’impôt, c’est seulement pour les fonctionnaires et les grandes entreprises ».

Le conseil de l’inspecteur des impôts est simple : toute personne qui exerce une activité économique doit se renseigner auprès de l’administration fiscale afin de connaître ses obligations.

 

Que risque-t-on en cas de non-déclaration ou de non-paiement des impôts et taxes ?

Donatien Zongo : Notre système fiscal repose beaucoup sur la déclaration. Le contribuable doit donc déclarer son activité, ses revenus et les éléments nécessaires au calcul de ses impôts, conformément aux règles qui lui sont applicables.

L’administration fiscale peut ensuite contrôler les déclarations.

Lorsqu’elle constate qu’un contribuable n’a pas déclaré certains éléments ou n’a pas payé ce qu’il devait, elle peut lui demander de régulariser sa situation.

Selon les cas, cela peut entraîner le paiement des impôts non acquittés, des pénalités, des amendes et, dans certaines situations prévues par la loi, des poursuites judiciaires.

Pour les entreprises qui accumulent les déclarations non produites, l’IFU peut également être désactivé dans les conditions prévues par la réglementation. Une régularisation sera alors nécessaire pour demander sa réactivation.

Autre cas : une entreprise peut déclarer ses impôts sans toutefois les payer. Elle reste alors redevable de sa dette fiscale et l’administration peut engager les procédures de recouvrement prévues par la loi.

Mais le secrétaire général  Donatien Zongo insiste sur un conseil : « Il ne faut pas attendre que l’administration vienne vous chercher pour aller vers elle. »

En cas de difficulté, de déclaration en retard ou de dette fiscale, le contribuable doit prendre contact avec le service des impôts afin de connaître les démarches à effectuer.

Les cinq réflexes pour rester en règle

Pour Donatien Zongo, les contribuables doivent adopter plusieurs réflexes simples.

Premier réflexe : déclarer son activité. Toute personne qui commence une activité commerciale, artisanale ou professionnelle doit chercher à connaître ses obligations fiscales.

Deuxième réflexe : connaître son régime fiscal. Tous les contribuables ne sont pas soumis aux mêmes impôts.

Troisième réflexe : respecter les délais. Les déclarations et paiements doivent être effectués dans les délais prévus afin d’éviter les pénalités.

Quatrième réflexe : conserver ses documents : Factures, reçus, contrats, documents comptables et justificatifs de paiement peuvent être importants en cas de besoin.

Cinquième réflexe : demander des informations. Lorsqu’un contribuable ne comprend pas une procédure, il doit se rapprocher de l’administration fiscale.

« Mieux vaut poser une question aujourd’hui que payer une pénalité demain », conseille-t-il.

L’inspecteur des impôts encourage également les contribuables à utiliser les services numériques mis à leur disposition et rappelle que l’administration fiscale n’a pas seulement pour rôle de contrôler et de recouvrer. Elle doit aussi informer, accompagner et orienter les contribuables.

Donatien Zongo : « Chaque contribution compte »

Pour conclure, Donatien Zongo estime que le développement d’un pays ne peut pas être l’affaire de l’État seul.

« Nous devons tous apporter notre contribution », affirme-t-il  Dans le contexte actuel, le Burkina Faso et, plus largement, les pays de l’AES cherchent à compter davantage sur leurs propres forces et leurs propres ressources. Or, pour mobiliser ces ressources, les recettes fiscales occupent une place importante. Mais le civisme fiscal, selon lui, doit fonctionner dans les deux sens.

Le citoyen doit être honnête dans ses déclarations et payer ce qu’il doit. L’administration doit, de son côté, accueillir, informer et servir le citoyen avec respect, efficacité et équité. L’État doit également veiller à ce que les ressources publiques soient utilisées de manière responsable et dans l’intérêt général.

Pour le secrétaire général de l’AFDL, c’est cette confiance entre le citoyen et l’État qui permettra de construire une véritable culture fiscale.

Son message final est clair : « Produisons, travaillons, créons des richesses, déclarons nos activités et payons nos impôts. »

Car, estime-t-il, chaque citoyen compte, chaque contribution compte et chaque franc mobilisé compte.

Propos recueillis par Amina KABO DJARMAH

 

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