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Djimoudouel Faustin : la craie menottée

Ce lundi 26 janvier 2026, Djimoudouel Faustin a de nouveau comparu devant le Tribunal de grande instance de N’Djaména, 3ᵉ chambre correctionnelle. Une audience de plus dans un dossier qui, à force de reports et de rejets, ressemble moins à une simple procédure judiciaire qu’à une mise à l’épreuve d’une voix syndicale devenue encombrante. La demande de mise en liberté provisoire pour raisons de santé, introduite par une défense pourtant fortement mobilisée, a été sèchement rejetée.

Klessoum comme réponse à la revendication

À l’issue de l’audience, Djimoudouel Faustin a été reconduit à la maison d’arrêt de Klessoum, au grand désarroi de ses proches. Le renvoi de l’affaire au 2 février 2026 prolonge une détention qui pose question. Faut-il rappeler que Djimoudouel Faustin est avant tout un enseignant, un syndicaliste, un homme de craie et de tableau, non un criminel de droit commun ?

Les chefs d’accusation retenus contre Djimoudouel Faustin incitation à la révolte, usurpation de titre et trouble à l’ordre public traduisent une dérive inquiétante. Depuis quand revendiquer de meilleures conditions de travail pour les enseignants relève-t-il de la subversion ? Depuis quand porter la voix d’une corporation sacrifiée devient-il un délit passible de prison ?

La craie en prison, l’école en péril

En maintenant Djimoudouel Faustin derrière les barreaux, c’est un message glaçant qui est envoyé à l’ensemble du corps enseignant : parler coûte cher, revendiquer expose, s’organiser mène à Klessoum. Cette situation est une honte collective. Un pays qui emprisonne ses enseignants pour avoir réclamé dignité et justice compromet dangereusement l’avenir de son école et de sa jeunesse.

L’affaire Djimoudouel Faustin révèle un malaise social que l’on tente de masquer par la répression. La prison ne réglera ni la précarité des enseignants, ni les dysfonctionnements du système éducatif. Elle ne fera que durcir les frustrations et creuser le fossé entre l’État et ceux qui portent le savoir.

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Jusqu’où ira cette saga ?

En attendant la prochaine audience, Djimoudouel Faustin reste à Klessoum, symbole d’une lutte collective criminalisée. La saga judiciaire est en marche, mais la question demeure entière : le Tchad peut-il se permettre de bâillonner ses enseignants au moment même où l’école a plus que jamais besoin d’écoute, de dialogue et de respect ?

Martin HIGDE NDOUBA

 

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