Dix lits de réanimation pour 1,69 million d’habitants : scandale sanitaire
Dans une capitale dont la population est estimée à 1,69 million d’habitants, ne disposer que de dix lits de réanimation au principal hôpital de référence relève d’une alerte sanitaire majeure. Alors que la santé figure parmi les priorités affichées dans les 12 chantiers et les 100 actions des autorités, cette insuffisance soulève une question fondamentale : quelle place accorde réellement le Tchad à la prise en charge des urgences vitales ?
Dix lits pour des milliers de vies
Dix lits de réanimation pour toute une population. Le chiffre est aussi préoccupant qu’interpellateur. Au CHU La Référence de N’Djaména, établissement censé accueillir les cas les plus complexes, les capacités de prise en charge des patients en détresse vitale semblent dérisoires face aux besoins.
Interrogé par nos confrères de la Télé-Tchad, Youssouf Ouédraogo, médecin réanimiste dans cet établissement, a levé le voile sur une réalité difficile à ignorer : « C’est l’hôpital de référence, mais nous ne disposons que de 10 lits de réanimation pour toute la population de N’Djaména et pour l’ensemble du Tchad. »
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Cette déclaration dépasse le simple constat d’un manque de matériel. Elle met en évidence les limites structurelles d’un système hospitalier confronté à des besoins croissants. Accidents de la circulation, complications obstétricales, infections graves, AVC et détresses respiratoires nécessitent parfois une réanimation immédiate. Or, lorsque les places manquent, chaque admission peut devenir un dilemme médical.
Les 12 chantiers face à l’épreuve des hôpitaux
La santé figure parmi les secteurs prioritaires annoncés dans les 12 chantiers et les 100 actions des autorités. Mais entre les ambitions institutionnelles et la réalité des structures sanitaires, le fossé reste préoccupant.
Comment parler de renforcement du système de santé lorsque l’établissement hospitalier de référence ne dispose que de dix lits de réanimation pour répondre aux urgences de la capitale et, selon le médecin, de l’ensemble du pays ?
La question mérite d’être posée sans détour. Les discours sur la modernisation sanitaire ne peuvent se limiter aux inaugurations, aux annonces de programmes ou aux déclarations d’intention. Ils doivent se mesurer à la capacité réelle des hôpitaux à sauver des vies.
Une urgence qui dépasse les murs du CHU
Le problème ne concerne pas uniquement le CHU La Référence. Il interroge l’ensemble de la politique nationale de santé. La disponibilité des équipements, des respirateurs, des médicaments, du personnel spécialisé et des infrastructures adaptées constitue un enjeu essentiel.
La réanimation n’est pas un service hospitalier ordinaire. Elle représente souvent le dernier rempart entre la vie et la mort. Un patient qui en a besoin ne peut pas toujours attendre qu’un lit se libère.
Il devient donc urgent de connaître les capacités réelles des autres hôpitaux du pays, le nombre de lits disponibles, leur répartition géographique et les investissements prévus pour renforcer les soins intensifs.
Quand les chiffres deviennent une alerte politique
Dix lits pour une capitale de 1,69 million d’habitants : ce chiffre devrait provoquer un débat national. Il ne suffit pas de proclamer la santé comme une priorité ; encore faut-il lui consacrer les moyens humains, financiers et techniques nécessaires.
La réanimation ne devrait pas être un privilège réservé aux patients qui ont la chance de trouver une place. Dans un pays où les autorités affichent de grandes ambitions sanitaires, garantir l’accès aux soins intensifs relève d’une responsabilité publique.
Au-delà des 12 chantiers et des 100 actions, combien de vies faudra-t-il perdre avant que la réanimation devienne une véritable priorité nationale ?
Martin HIGDE NDOUBA
Source : Ndjam. Actu
