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Deux ans sans financement : presse privée à bout de souffle

Au Tchad, deux années sans versement de l’appui public à la presse mettent les médias indépendants face à une équation devenue presque impossible : continuer à informer avec des rédactions fragilisées, des recettes publicitaires limitées et des charges qui, elles, ne cessent d’augmenter. Réunies en urgence le 9 septembre à N’Djaména, les principales organisations de la presse privée tirent la sonnette d’alarme.

Deux ans de silence financier

La presse privée tchadienne ne demande pas un privilège. Elle réclame le respect d’un engagement prévu par les textes. L’Union des radios privées du Tchad (URPT), le Patronat de la presse tchadienne (PPT), l’Association des médias en ligne du Tchad (AMET) et l’Association des éditeurs de la presse tchadienne (AEPT) ont décidé de hausser le ton face à une situation économique devenue difficilement tenable.

Depuis deux ans, l’appui à la presse n’est plus versé. Pour des entreprises médiatiques déjà confrontées à la faiblesse du marché publicitaire, à la hausse des coûts de fonctionnement et à la précarité des journalistes, cette absence de financement peut rapidement devenir une menace pour leur survie.

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La presse privée se retrouve ainsi prise entre sa mission d’intérêt public et une réalité économique impitoyable. Une rédaction ne fonctionne pas avec des slogans. Elle a besoin de journalistes rémunérés, de moyens techniques, de déplacements, d’internet, d’électricité et de matériel.

Une question de démocratie

Réduire cette revendication à une simple demande d’argent saurait pourtant passer à côté de l’essentiel. La presse privée constitue l’un des piliers du pluralisme médiatique. Son affaiblissement réduit mécaniquement la diversité des voix capables d’interroger l’action publique, de donner la parole aux citoyens et de porter les débats qui traversent la société.

L’appui prévu par la loi n°29/PR/94 ne devrait donc pas être considéré comme une faveur accordée aux patrons de médias. Il participe à la création d’un environnement permettant aux organes de presse de remplir leur mission.

Lorsque les ressources disparaissent, ce sont les rédactions qui se réduisent, les reportages qui s’annulent et les enquêtes qui deviennent plus difficiles. À terme, c’est le citoyen qui paie le prix de cette fragilisation.

Risque d’un pays sans presse

Le signal envoyé par les organisations professionnelles est désormais clair : si aucun paiement n’intervient et qu’aucun dialogue sérieux n’est engagé, des journées « sans presse » pourraient être envisagées.

Une telle perspective serait préoccupante. La presse privée peut difficilement continuer à fonctionner normalement lorsque ses moyens se tarissent pendant deux années consécutives. Mais le gouvernement ne devrait pas attendre un éventuel blackout médiatique pour mesurer les conséquences de cette crise.

La responsabilité est désormais partagée. Les pouvoirs publics doivent honorer leurs engagements et ouvrir un dialogue transparent avec les organisations professionnelles. De leur côté, les médias doivent poursuivre leurs efforts de professionnalisation, de crédibilité et de transparence.

Car défendre la presse privée, ce n’est pas défendre uniquement des entreprises ou des patrons de médias. C’est préserver un espace où le pouvoir peut être questionné, où les citoyens peuvent s’exprimer et où les réalités du pays peuvent être racontées sans filtre.

Après deux années d’attente, le moment n’est plus aux promesses. Il est à l’action. Financer l’écosystème médiatique, dans le respect des règles et de la transparence, revient aussi à investir dans le pluralisme. Laisser la presse privée s’éteindre à petit feu, en revanche, reviendrait à prendre le risque de laisser le silence occuper la place de l’information

Martin HIGDE NDOUBA

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