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Des exciseuses aux entrepreneures : nouveau métier, vieux combat

Interdire une pratique ne suffit pas toujours à la faire disparaître. Au Tchad, le gouvernement mise désormais sur la reconversion économique de 250 anciennes exciseuses. Une stratégie qui pose une question essentielle : peut-on durablement combattre une pratique traditionnelle sans s’attaquer aussi aux revenus et aux habitudes qui l’entretiennent ?

De la pratique traditionnelle à l’activité génératrice de revenus

Le 28 septembre 2026, la Maison nationale de la Femme a accueilli le lancement d’un programme qui veut transformer une réalité sociale en opportunité économique. Avec l’appui du projet SWEDD+, le ministère de la Femme et de la Petite Enfance a engagé la formation de 250 anciennes exciseuses dans six provinces : Batha, Guéra, Mandoul, Ouaddaï, Salamat et Tandjilé.

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L’idée mérite attention. Pendant longtemps, la lutte contre les mutilations génitales féminines a surtout reposé sur la sensibilisation, les campagnes communautaires et les dispositifs juridiques. Désormais, le pari consiste aussi à proposer une autre source de revenus à celles qui exerçaient cette activité.

Car derrière certaines pratiques traditionnelles se cachent aussi des réalités économiques. Si une activité procure un revenu, la simple interdiction ne garantit pas nécessairement son abandon. La reconversion peut alors devenir un instrument complémentaire de lutte.

Former, oui. Accompagner, surtout

Durant six jours, les participantes sont initiées à l’agroécologie et aux activités génératrices de revenus. Gestion d’une activité, gestion financière, droits des femmes, violences basées sur le genre, conséquences des mutilations génitales féminines et leadership communautaire figurent également au programme.

Ces anciennes exciseuses ne sont donc pas seulement invitées à abandonner une pratique. Elles sont appelées à acquérir de nouvelles compétences et, potentiellement, à devenir des relais de sensibilisation dans leurs communautés. Mais le véritable test commencera après les six jours de formation.

Que se passera-t-il lorsqu’elles retourneront dans leurs villages ? Auront-elles accès à des équipements, à un financement, à des marchés et à un accompagnement technique ? Une formation sans capital de départ ni débouchés risque de produire des certificats plutôt que des changements durables.

Le chiffre de 34,1 % rappelle l’urgence

Selon les données disponibles, la prévalence des mutilations génitales féminines au Tchad est estimée à 34,1 %. Cette réalité ne se combattra pas uniquement avec des textes de loi.

L’ordonnance n°003/PR/2025 du 21 janvier 2025 renforce le cadre de prévention et de répression des violences faites aux femmes et aux filles. Mais le droit doit pouvoir être accompagné par des solutions concrètes.

La reconversion des exciseuses peut justement constituer ce pont entre la loi et la réalité quotidienne.

Car une ancienne exciseuse qui devient agricultrice, entrepreneure ou actrice communautaire ne change pas seulement de métier. Elle peut aussi changer de rôle dans sa communauté.

Le défi est donc désormais clair : faire de ces 250 femmes non pas les bénéficiaires ponctuelles d’une formation, mais les premières bénéficiaires d’un véritable parcours d’autonomisation économique.

Si le Tchad veut tourner définitivement la page de l’excision, il devra convaincre les communautés, protéger les filles, appliquer la loi et surtout créer les conditions économiques permettant aux exciseuses de tourner la page.

Martin HIGDE NDOUBA

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