Déficits budgétaires : courage de fermer les institutions inutiles
Le Tchad cherche des milliards pour financer son développement et combler ses déséquilibres budgétaires. Emprunts, partenaires internationaux et marchés financiers sont régulièrement sollicités. Mais avant de chercher toujours plus d’argent, l’État devrait peut-être commencer par se poser une question simple : peut-il encore se permettre de financer toutes les institutions qu’il a créées ?
Le Tchad vit sous une pression financière permanente. Construire des routes, financer l’éducation, renforcer les hôpitaux, assurer la sécurité, payer les salaires et investir dans le développement : les besoins sont immenses. Pourtant, les ressources publiques restent limitées et les déficits imposent régulièrement à l’État de rechercher des financements supplémentaires.
A Lire aussi/Soirée podium SITA 2026 : le textile africain entre savoir-faire, création et patriotisme vestimentaire
Pour l’exercice 2026, les recettes hors pétrole sont projetées à 1 074 milliards de francs CFA, contre 1 023 milliards en 2025. Une progression appréciable, mais qui ne suffit pas à résoudre l’équation budgétaire d’un pays confronté à d’immenses besoins sociaux et sécuritaires. La question n’est donc plus seulement de savoir comment trouver davantage d’argent. Elle est aussi de savoir comment arrêter d’en gaspiller.
Un État aux structures trop nombreuses ?
Le Tchad a multiplié, au fil des années, les institutions, agences, coordinations, secrétariats et organismes publics. Chacun dispose d’une administration, de responsables, de véhicules, de bureaux, de personnels et d’un budget de fonctionnement. Mais toutes ces structures sont-elles réellement indispensables ?
Face aux déficits, l’État devrait avoir le courage de réaliser un audit général de ses institutions. Certaines remplissent des missions similaires à celles déjà exercées par des ministères. D’autres pourraient être fusionnées. Certaines pourraient devenir de simples directions administratives. Et celles dont l’utilité publique n’est pas démontrée devraient être supprimées.
Le gouvernement lui-même a fixé, pour la préparation budgétaire, un objectif de rationalisation des charges de fonctionnement et de maîtrise de la masse salariale. Mais rationaliser ne doit pas rester un mot élégant dans les circulaires administratives. Il faut passer aux actes.
Emprunter ne peut pas devenir une politique économique
Le véritable danger serait de croire que les déficits peuvent éternellement être comblés par l’endettement ou l’aide extérieure.
Un pays souverain ne peut construire durablement son avenir sur la générosité de ses partenaires financiers. Les bailleurs peuvent accompagner une politique économique. Ils ne doivent pas devenir la solution permanente aux déséquilibres de l’État. Car chaque emprunt devra être remboursé. Chaque déficit financé aujourd’hui peut devenir une contrainte pour les générations futures.
Le Tchad dispose pourtant d’importantes ressources naturelles. Le secteur pétrolier représente encore une part essentielle des exportations, tandis que l’élevage contribue à environ 20 % du PIB national. Le potentiel agricole, minier et énergétique reste considérable. Le problème n’est donc pas uniquement l’absence de richesses. C’est aussi leur gestion.
Supprimer pour mieux investir
Réduire les déficits, ce n’est pas nécessairement diminuer les dépenses sociales. Au contraire. L’objectif devrait être de supprimer les dépenses improductives pour investir davantage dans les secteurs qui transforment réellement la vie des citoyens.
Chaque franc économisé sur une institution inutile pourrait financer une école, un centre de santé, une route rurale ou un programme d’emploi pour les jeunes.
Les déficits ne disparaîtront pas par miracle. Ils ne seront pas non plus réglés uniquement par de nouveaux impôts. La discipline budgétaire exige des choix politiques parfois difficiles. Un État moderne ne se mesure pas au nombre de ses institutions, mais à leur efficacité.
Le courage de fermer certaines portes
Le moment est peut-être venu pour le Tchad d’engager une véritable réforme institutionnelle. Fusionner, restructurer, supprimer : aucun gouvernement n’aime prendre ce type de décisions. Car derrière chaque institution se trouvent des intérêts, des postes et parfois des réseaux d’influence. Mais gouverner, c’est choisir.
Face aux déficits, le Tchad ne peut plus continuer à agrandir indéfiniment son appareil administratif tout en demandant davantage d’argent aux contribuables, aux banques et aux partenaires étrangers. La meilleure économie est parfois celle que l’on décide de ne plus dépenser. Et dans un pays où chaque milliard compte, supprimer une institution inutile peut être plus utile que créer une nouvelle structure censée résoudre les problèmes que les précédentes n’ont jamais réussi à régler.
Martin HIGDE NDOUBA
