« Darb Al-Halal»: pari du mariage pour une jeunesse en difficulté
Au Tchad, où le coût de la dot et des cérémonies peut constituer un obstacle majeur au mariage, l’initiative « Darb Al-Halal » apporte une réponse sociale à une jeunesse confrontée aux difficultés économiques. Mais aider à franchir la porte du mariage ne suffit pas : encore faut-il pouvoir assumer la vie quotidienne qui commence derrière cette porte.
Initiative qui répond à une vraie difficulté
Le mariage reste, pour de nombreux jeunes Tchadiens, un projet difficile à concrétiser. Entre la dot, les cérémonies, le logement et les premières dépenses du foyer, le manque de ressources peut repousser indéfiniment cette étape de la vie.
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C’est dans ce contexte que l’ONG All People a lancé Darb Al-Halal, une initiative destinée à accompagner les jeunes en difficulté économique dans leur projet matrimonial. Présenté samedi 3 octobre 2026, le bilan de la première phase montre l’ampleur de la demande : 123 dossiers ont été reçus en quelques jours, mais seulement 20 ont été retenus.
Ces chiffres montrent une chose : derrière les dossiers, il existe une jeunesse qui souhaite se marier, mais qui se heurte aux réalités économiques.
Le mariage ne s’arrête pas à la cérémonie
L’initiative est séduisante parce qu’elle s’attaque à un véritable frein social. Dans un pays où les dépenses liées au mariage peuvent être importantes, donner un coup de pouce financier et matériel peut permettre à certains couples de concrétiser leur projet. Mais une question mérite d’être posée : que se passe-t-il après le mariage ?
Payer la dot, organiser la cérémonie ou fournir un soutien initial est une chose. Nourrir quotidiennement un ménage, payer un loyer, assurer les soins, l’électricité, l’eau et, demain, les dépenses liées aux enfants en est une autre.
Autrement dit, Darb Al-Halal peut faciliter l’entrée dans la vie conjugale, mais son impact social serait encore plus important si l’accompagnement intégrait également la capacité du couple à faire face aux dépenses ménagères.
Quels critères pour les 20 bénéficiaires ?
C’est ici que la transparence devient essentielle. Sur 123 dossiers, seuls 20 ont été sélectionnés. Quels étaient donc les critères ?
Les bénéficiaires disposent-ils déjà d’un emploi ? Sont-ils simplement bloqués par le coût de la dot ? Ont-ils des revenus réguliers ? S’agit-il de jeunes sans emploi mais disposant d’un projet professionnel ? Ces questions sont importantes pour comprendre la portée réelle du programme.
La présidente de l’ONG All People, Dr Zarwa Oumar Aboubakar, a annoncé la création du Fonds de Solidarité Darb Al-Halal, ouvert aux entreprises, associations, institutions publiques et particuliers. Les contributions annoncées pourront permettre d’élargir l’accompagnement.
Soutenir le couple, pas seulement le mariage
L’ouverture de ce fonds peut être l’occasion de transformer Darb Al-Halal en un véritable mécanisme d’insertion sociale. Pourquoi ne pas associer au soutien matrimonial une formation à la gestion du budget familial, à l’entrepreneuriat ou à l’épargne ?
Car aider un jeune à se marier sans l’aider à construire son autonomie économique risque de déplacer le problème plutôt que de le résoudre.
Darb Al-Halal pose donc une question beaucoup plus large que celle de la dot : comment permettre à une jeunesse économiquement fragile de construire durablement un foyer ? Le mariage peut être le commencement d’une vie à deux. Encore faut-il donner au couple les moyens de la faire vivre dignement.
Martin HIGDE NDOUBA

