Amdirib : De la joie du mariage au cortège funéraire
À Amdirib, petit village du Batha au Tchad habituellement paisible, la joie d’un mariage s’est muée en drame absolu. Le jeune marié a été mortellement touché par une balle tirée par l’un de ses frères, venu célébrer l’union selon une tradition de « tirs de joie » encore solidement ancrée dans certaines régions du Tchad. Atteint en pleine poitrine, il n’a pas survécu malgré son transfert en urgence à l’hôpital d’Ati. Depuis, Amdirib peine à retrouver son souffle.
Le drame survenu dans cette localité met en lumière une réalité que beaucoup préfèrent ignorer : la banalisation des armes légères dans l’espace civil. Dans plusieurs localités rurales, la possession d’une arme reste perçue comme un signe de prestige ou de virilité. Cette perception, combinée à un contrôle quasi inexistant, entretient une insécurité diffuse, où un simple moment de fête peut basculer dans l’irréparable.
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Le Tchad fait face à une circulation massive d’armes légères, alimentée par les crises régionales et les trafics transfrontaliers. Dans ce contexte, l’accident d’Amdirib apparaît comme le symptôme d’un problème plus profond. Les tirs de réjouissance, aussi spectaculaires soient-ils, traduisent surtout un vide de régulation et l’absence d’une sensibilisation continue aux risques que représentent ces armes.
Pour éviter qu’un autre Amdirib ne soit endeuillé, l’heure est à l’action. Les autorités doivent renforcer les mesures de contrôle, tout en impliquant les chefs traditionnels et les organisations de la société civile dans un vaste programme de désarmement communautaire. Car le drame de Amdirib n’est pas un fait divers isolé, mais un signal d’alarme clair : la sécurité publique ne peut cohabiter avec la banalisation des armes.
Plus que jamais, le pays doit tourner la page des célébrations armées. La joie d’un mariage ne devrait jamais se conclure par un cortège funéraire. À Amdirib, cette évidence s’est imposée dans la douleur.
HIGDE NDOUBA Martin

