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Alcool frelaté : deux usines découvertes, combien restent dans l’ombre ?

La découverte de deux unités de fabrication de boissons frelatées à Toukra Ngomba, dans le 9ᵉ arrondissement de N’Djamena, constitue certes un signal positif. Mais au regard des témoignages et des informations déjà relayées dans les médias, ces installations ne seraient pas nouvelles. La question est donc moins celle de la découverte que celle du temps mis par les autorités pour agir.

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Une découverte qui interroge

Le ministre chargé de la Décentralisation a ordonné l’arrêt immédiat des activités de deux unités de fabrication de boissons frelatées situées à Toukra Ngomba, pour défaut de documents administratifs conformes. La commune est désormais chargée de veiller à l’application de cette décision.

Cette intervention mérite d’être saluée. Mais elle soulève également une interrogation simple : comment ces unités ont-elles pu fonctionner suffisamment longtemps pour attirer l’attention des médias et des riverains avant de faire l’objet d’une mesure administrative ?

Au Tchad, le problème de l’alcool frelaté n’est pourtant pas nouveau. Les autorités disposent déjà d’un cadre juridique qui interdit clairement ce commerce.

Une loi existe, encore faut-il l’appliquer

Le Décret n°2835 interdit formellement l’importation, la fabrication, la circulation, la vente et la consommation des boissons alcoolisées frelatées. Le texte ne laisse donc guère de place au doute sur la position des pouvoirs publics.

Mais entre l’existence d’une loi et son application effective, le fossé peut être considérable. La fermeture de ces deux unités montre justement que la lutte contre l’alcool frelaté nécessite davantage que des textes réglementaires : elle exige des contrôles réguliers, des sanctions et un suivi permanent.

Car fermer une unité aujourd’hui sans surveiller son éventuelle réouverture demain reviendrait à déplacer le problème plutôt qu’à le résoudre.

Le début d’une véritable offensive ?

L’alcool frelaté représente un problème de santé publique et de sécurité pour les consommateurs. Sa fabrication clandestine échappe généralement aux normes de production et de contrôle. Les risques ne concernent donc pas uniquement le commerce illégal, mais aussi les conséquences potentielles sur la santé des populations.

La fermeture administrative des deux unités de Toukra Ngomba peut ainsi être considérée comme un premier pas. Mais elle ne devrait surtout pas rester une opération isolée.

La lutte contre l’alcool frelaté doit s’étendre aux lieux de production, aux circuits de distribution et aux points de vente. Elle doit également permettre d’identifier les responsables, les fournisseurs et les éventuels réseaux qui alimentent ce marché.

De la découverte à la prévention

Pour être crédible, la lutte contre l’alcool frelaté doit s’inscrire dans la durée. Les communes, les services de contrôle, les forces de sécurité et les services sanitaires doivent travailler ensemble pour détecter les installations clandestines avant qu’elles ne deviennent des affaires publiques.

La population a également un rôle à jouer en signalant les activités suspectes. Mais la responsabilité première reste celle des pouvoirs publics : faire respecter la réglementation qu’ils ont eux-mêmes adoptée.

Deux usines arrêtées, c’est encourageant. Mais ce n’est qu’un début. Le véritable succès sera atteint lorsque la fabrication, la circulation et la vente de l’alcool frelaté ne pourront plus prospérer dans l’ombre des contrôles administratifs.

Martin HIGDE NDOUBA

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