Abdel-Nasser Garboa: “la démocratie ne s’implante pas à coup de sommations”
Il y a des phrases qui claquent comme des gifles. Celle d’Abdel-Nasser Garboa, porte-parole du MPS, en fait partie : « L’Europe a pris des dizaines de siècles pour parvenir à la démocratie ; forcer les Africains à s’y mettre en moins d’un siècle, c’est une aberration ».
Provocatrice ? Peut-être. Inexact ? Pas vraiment. Indispensable ? Assurément.
Depuis trois décennies, l’Afrique subit une pression continue : élections rapides, alternances immédiates, modèles institutionnels importés, dogmes brandis comme des normes universelles. Le continent devrait, en un claquement de doigts, rattraper des siècles de transformations économiques, sociales et philosophiques que d’autres ont mis si longtemps à forger. Ce décalage nourrit une illusion dangereuse : celle d’une démocratie instantanée.
L’injonction occidentale, un piège méthodique
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Les propos d’Abdel-Nasser Garboa, porte-parole du parti tchadien MPS dérangent parce qu’ils pointent un tabou. Pendant que les chancelleries européennes réclament à l’Afrique des standards démocratiques accélérés, elles ferment les yeux sur les contextes historiques, sur les fractures communautaires, sur la fragilité institutionnelle héritée de la colonisation.
La démocratie ne se greffe pas comme un transfert d’un logiciel. Elle se construit. Elle s’éduque. Elle s’enracine. Et pour cela, il faut du temps.
L’Afrique a besoin de souveraineté politique, pas de tutelle
En ce sens, les mots d’Abdel-Nasser Garboa sonnent juste : ils réhabilitent l’idée que chaque société avance à son rythme. Que les peuples doivent être acteurs du changement, pas spectateurs d’un agenda fixé ailleurs. Que la légitimité ne se décrète pas depuis Bruxelles, Paris ou Washington, mais depuis la rue, les urnes, les institutions locales.
Une démocratie à construire
Si l’Afrique échoue parfois dans sa marche démocratique, c’est moins par manque de volonté que par manque de conditions. Une démocratie véritable exige une presse libre, une justice indépendante, une économie solide, une élite responsable et une éducation civique durable. Cela ne se fabrique pas en cinq ans.
Le débat ouvert par Abdel-Nasser Garboa est donc salutaire. Il nous force à regarder la vérité en face : la démocratie, comme toute construction humaine, demande du temps, de la patience et des fondations solides. Ce que l’Afrique réclame aujourd’hui n’est pas un délai, mais une dignité de trajectoire.
HIGDE NDOUBA Martin