À N’Djamena, un bébé d’une semaine abandonné devant une paroisse
À la paroisse Sainte Mère Thérésa de Calcutta, dans le quartier Boutalbagar, au 7ᵉ arrondissement de N’djamena (Tchad), un nourrisson d’à peine une semaine a été abandonné comme on dépose un fardeau dont on ne veut plus. Un prétexte banal, acheter du menthol puis le silence, l’absence, la fuite. Ce geste, aussi choquant qu’il soit, n’est pas un fait divers ordinaire : il est le symptôme d’un malaise social profond qui ronge N’djamena.
Quand la misère pousse à l’irréparable
À N’djamena, abandonner un enfant n’est pas toujours un acte de cruauté, mais souvent celui du désespoir. Pauvreté extrême, grossesses non désirées, rejet familial, poids du regard social : autant de facteurs qui écrasent des femmes déjà fragilisées. Mais comprendre n’est pas justifier. Car aucun contexte, aussi dur soit-il, ne peut banaliser l’abandon d’un être sans défense.
Que l’enfant ait été recueilli, béni et baptisé sous le nom de Remadji Thérésa honore la communauté chrétienne et la famille qui l’a prise en charge. À N’djamena, cette chaîne de solidarité sauve des vies. Mais elle ne doit pas servir d’alibi à l’inaction des pouvoirs publics. Une société ne peut se reposer éternellement sur les paroisses, les ONG et les familles de bonne volonté.
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L’État face à ses responsabilités
À N’djamena, les abandons de nourrissons deviennent trop fréquents pour être ignorés. Où sont les structures d’accueil dignes de ce nom ? Où sont les dispositifs d’écoute pour les mères en détresse ? Où sont les politiques de prévention ? L’État ne peut continuer à intervenir après le drame, lorsque l’enfant est déjà abandonné, exposé à tous les dangers.
Le silence tue autant que l’abandon. Tant que les grossesses non désirées restent entourées de honte, tant que les femmes portent seules le poids de la maternité, ces drames se répètent. Protéger l’enfance commence par protéger les mères, en leur offrant soutien, information et alternatives.
Un miroir tendu à la société
Ce nourrisson abandonné à N’djamena est un miroir brutal tendu à notre société. Il nous oblige à nous interroger : quel avenir offrons-nous aux plus vulnérables ? Tant que l’abandon d’un enfant pourra sembler être une option, c’est toute la société qui aura échoué. Et ce constat, aussi dur soit-il, ne peut plus être ignoré.
Martin HIGDE NDOUBA