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Tchad : l’enseignement de l’arabe, une promesse officielle en panne de réalité

Langue officielle depuis près d’un demi-siècle, l’arabe peine encore à trouver sa place dans le système éducatif tchadien. Entre annonces politiques répétées et absence de moyens concrets, l’apprentissage reste largement théorique, révélant les limites d’un bilinguisme proclamé mais jamais véritablement construit.

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Une officialisation sans application

Depuis 1978, l’arabe partage avec le français le statut de langue officielle au Tchad. Sur le papier, cette reconnaissance impose son enseignement dès le primaire, à partir du CP1, et sa continuité jusqu’à l’université. Une ambition louable dans un pays où l’arabe est à la fois langue culturelle, religieuse et identitaire.

Mais près de cinquante ans plus tard, le constat est sans appel : cette politique linguistique n’a jamais été pleinement mise en œuvre. Dans de nombreux établissements, l’arabe reste une matière fantôme, absente des emplois du temps ou dispensée de manière irrégulière. L’État a proclamé un bilinguisme qu’il n’a jamais structuré.

La récente déclaration du ministre de l’Éducation nationale, Mahamat Ahmat Alhabo, annonçant le renforcement de l’enseignement obligatoire de l’arabe dès l’année prochaine, s’inscrit dans une longue série de promesses similaires. À chaque réforme, le même discours revient : valoriser l’arabe, rééquilibrer les langues, renforcer l’unité nationale.

Mais sans stratégie claire, ces annonces restent des effets d’annonce. Car une politique linguistique ne se décrète pas, elle se construit. Elle exige des investissements, une planification rigoureuse et surtout des ressources humaines qualifiées.

Manque criant d’enseignants

Comment enseigner une langue sans enseignants ? La question, simple en apparence, résume l’impasse actuelle. Dans certains établissements, un seul professeur arabophone est chargé de couvrir tout un cycle, du primaire au secondaire. Une situation absurde qui rend tout apprentissage sérieux impossible.

À cela s’ajoute l’absence de formation continue, de manuels adaptés et de suivi pédagogique. L’arabe est ainsi relégué à un rôle secondaire, perçu comme une option plutôt qu’une obligation, malgré son statut officiel.

Le problème de fond dépasse la seule question de l’arabe. Il interroge la vision même du bilinguisme au Tchad. Peut-on construire une nation bilingue sans une politique cohérente, sans moyens et sans volonté durable ?

L’enseignement de l’arabe ne doit pas être une injonction politique, mais un projet éducatif structuré. Cela passe par le recrutement massif d’enseignants, la formation pédagogique, la production de contenus adaptés et une véritable intégration dans les programmes scolaires.

 

Sortir du tâtonnement

Aujourd’hui, l’enseignement de l’arabe au Tchad avance à tâtons, entre improvisation et désengagement. Continuer dans cette voie reviendrait à entretenir une illusion coûteuse.

Il est temps de passer des discours aux actes. Car sans une réforme profonde et sincère, l’arabe restera une langue officielle sans école.

Martin HIGDE NDOUBA

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