Actualités

Tchad : pourquoi Facebook est devenu la seule oreille du peuple ?

Quand un réseau social devient le principal canal de doléances, ce n’est pas un progrès démocratique, mais l’aveu d’un échec. Au Tchad, Facebook s’impose comme l’ultime recours des citoyens face à des institutions défaillantes.

A Lire aussi/ Ouagadougou accueille Évariste Ndayishimiye pour une visite décisive

Un État contourné

Il faut avoir le courage de le dire clairement : si Facebook est devenu le canal privilégié des doléances au Tchad, c’est parce que les institutions ont déserté leur mission. Dans un État fonctionnel, un citoyen n’a pas besoin d’exposer ses souffrances sur la place publique numérique pour espérer être entendu. Il existe des mécanismes, des bureaux, des élus pour cela. Mais ici, ces structures semblent vides de sens.

Aujourd’hui, écrire sur Facebook est souvent plus efficace que de saisir une administration. Une publication, quelques partages, et soudain, un problème devient visible, parfois même traité. Cette réalité, aussi pratique soit-elle, est profondément inquiétante.

Des institutions en perte de crédibilité

Les dirigeants tchadiens ne sont pas étrangers à cette dérive. Eux-mêmes ont investi Facebook pour communiquer, valoriser leurs actions, soigner leur image. Mais en choisissant ce terrain, ils ont aussi déplacé le centre de gravité de la relation avec les citoyens.

Désormais, ce qui n’existe pas sur Facebook semble ne pas exister du tout. La gestion publique glisse vers une logique de visibilité, où l’urgence n’est plus dictée par les besoins réels, mais par le niveau de viralité d’une publication. Gouverner devient réagir, souvent sous pression, rarement par anticipation.

Ce système informel pose un problème majeur : tous les citoyens ne sont pas égaux face à Facebook. Ceux qui maîtrisent les codes du numérique, qui savent écrire, publier et mobiliser, ont plus de chances d’être entendus. Les autres, silencieux ou invisibles, restent en marge.

Pire encore, cette exposition permanente ouvre la porte aux dérives : accusations sans preuve, manipulations, règlements de comptes publics. Facebook devient alors un tribunal sans règles, où la réputation peut être brisée en quelques heures, sans possibilité de défense équitable.

Réhabiliter l’État, urgemment

Il serait facile de célébrer Facebook comme un outil de démocratie participative. Ce serait une erreur. Car derrière cette apparente liberté d’expression se cache une réalité plus brutale : celle d’un État qui ne joue plus pleinement son rôle.

Le véritable enjeu n’est pas de renforcer la présence des autorités sur Facebook, mais de restaurer la crédibilité des institutions. Les citoyens ne devraient pas avoir à crier en ligne pour être entendus. Ils devraient pouvoir compter sur des services publics accessibles, efficaces et responsables.

Tant que ce chantier ne sera pas engagé, Facebook continuera d’être ce refuge paradoxal : à la fois espace d’expression et symbole d’un profond dysfonctionnement. Un miroir, en somme, qui renvoie au pouvoir une image qu’il ne peut plus ignorer.

Martin HIGDE NDOUBA

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page