Tchad: critiquer le MPS, un risque mortel ?
La récente sortie médiatique de Saleh Kebzabo, président de l’Union Nationale pour la Démocratie et Renouveau (UNDR), a agi comme un révélateur. En dénonçant la mauvaise gouvernance, les nominations claniques et les détournements de fonds publics, l’ancien opposant, aujourd’hui allié au sein de Tchad Uni, n’a pas provoqué un débat de fond, mais une levée de boucliers. Les réactions indignées du MPS traduisent une fébrilité devenue presque réflexe dès qu’une critique touche au cœur du pouvoir.
Quand le parti se confond avec la nation
Ce malaise révèle un travers classique des régimes installés dans la durée : la confusion entre parti, État et nation. Critiquer la gestion publique revient, dans cette logique, à s’attaquer à la stabilité du pays. Le MPS a longtemps prospéré sur cette équation simpliste, qui transforme le débat démocratique en soupçon de déloyauté.
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Or, le Tchad n’est pas l’apanage d’un appareil politique. Il appartient à l’ensemble de ses citoyens, y compris à ceux qui interrogent l’action publique et exigent des comptes. Un pouvoir sûr de son bilan ne s’emporte pas face aux critiques. Il répond par des politiques publiques efficaces, des réformes visibles et des résultats mesurables. L’agressivité verbale n’a jamais remplacé la performance gouvernementale, pas plus qu’elle n’a convaincu les opinions.
La critique comme révélateur de fragilité
À force de vouloir étouffer toute voix dissonante, le MPS finit par conforter ceux qui doutent de sa gouvernance. Si la critique dérange autant, c’est peut-être parce qu’elle met en lumière des failles réelles. Gouverner durablement suppose une capacité d’écoute et d’autocritique, qualités rarement compatibles avec l’arrogance politique.
Il serait temps que le MPS se dote d’un véritable agenda démocratique, capable d’enregistrer, d’analyser et de traiter les critiques au lieu de les disqualifier. Car la stabilité ne se construit pas dans le silence imposé, mais dans la confrontation des idées. L’histoire politique africaine est riche d’enseignements : les pouvoirs qui confondent loyauté et soumission finissent toujours par être rattrapés par la réalité.
Martin HIGDE NDOUBA