Éthiopie : la reprise de la guerre plonge des milliers de déplacés dans une nouvelle crise humanitaire
En Éthiopie, la reprise des affrontements dans le nord du pays aggrave une situation humanitaire déjà catastrophique. Au Tigré, en Amhara et dans les zones voisines, des milliers de civils sont confrontés à de nouveaux déplacements, à la faim et à l’effondrement des services essentiels. Mais face à l’insécurité et à la réduction des financements internationaux, les organisations humanitaires peinent à répondre aux besoins. Sans cessez-le-feu et sans réengagement des bailleurs, le pays risque de connaître une nouvelle catastrophe humanitaire.
La paix signée en novembre 2022 entre le gouvernement fédéral éthiopien et les autorités du Tigré n’aura finalement pas permis de tourner durablement la page de la guerre. Près de quatre ans après l’accord de Pretoria, les hostilités ont repris dans le nord du pays, notamment depuis septembre 2026. Cette nouvelle escalade intervient dans un contexte marqué par des tensions politiques non résolues, des rivalités territoriales et une profonde fragilité économique.
Les conséquences sont particulièrement lourdes pour les populations civiles. Dans le Tigré, des centaines de milliers de personnes déplacées pendant le précédent conflit vivent toujours dans des conditions précaires. Selon une analyse publiée le 8 octobre par The New Humanitarian, près de 900 000 personnes sont réparties dans 31 sites de déplacés de la région. Plus inquiétant encore, environ 3,9 millions de personnes auraient besoin d’une assistance alimentaire d’urgence, selon les évaluations régionales de septembre.
La reprise des combats vient ainsi aggraver une crise qui ne s’est jamais véritablement résorbée. Les destructions d’infrastructures, les mauvaises récoltes liées à la sécheresse et la réduction de l’aide alimentaire ont considérablement diminué les capacités de résistance des ménages. Pour ces populations, la guerre ne signifie pas seulement le risque de nouvelles violences, mais aussi la disparition des dernières possibilités de survie.
Une aide humanitaire confrontée à une double impasse
La première difficulté réside dans l’accès aux populations. Les affrontements, les restrictions de circulation, les coupures de télécommunications et les risques d’attaques contre les convois compliquent considérablement le travail des organisations humanitaires.
En septembre et octobre, plusieurs opérations ont été interrompues dans le Tigré. La fermeture temporaire des liaisons aériennes, les difficultés d’approvisionnement en carburant et les perturbations des réseaux de communication ont paralysé une partie des circuits de distribution. Des installations humanitaires ont également été pillées à Mekelle, privant certaines organisations de véhicules, de matériel médical et de moyens logistiques.
À ces contraintes sécuritaires s’ajoute la diminution des financements internationaux. Les bailleurs réduisent leurs contributions alors que les besoins augmentent, obligeant les organisations à concentrer leurs interventions sur les urgences les plus graves. Cette situation laisse de nombreuses familles déplacées sans assistance régulière, notamment pour l’alimentation, les soins médicaux et l’accès à l’eau potable.
La crise ne concerne d’ailleurs pas uniquement le Tigré. En Amhara, les violences continuent également de perturber les services de santé et les infrastructures. Le 30 octobre, des frappes de drones ont touché le camp de déplacés de Jari 2, faisant au moins 15 morts, dont cinq enfants, selon Reuters. Ce site accueillait plus de 1 700 personnes ayant fui des violences antérieures.
Le CICR et les Nations unies face à l’urgence
Malgré ces difficultés, les interventions humanitaires se poursuivent, même si elles restent insuffisantes au regard de l’ampleur des besoins. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), en collaboration avec la Croix-Rouge éthiopienne, intervient notamment dans les régions touchées par les affrontements.
Le 28 septembre, l’organisation a facilité l’évacuation de 161 personnes de Mekelle vers Semera, dans la région Afar. Entre le 13 et le 16 octobre, elle a également acheminé des médicaments et du matériel médical vers plusieurs établissements sanitaires. Au total, 33 structures de santé du Tigré ont bénéficié de son soutien. Des milliers de kits de première nécessité ont par ailleurs été prépositionnés pour les populations affectées.
De son côté, le système des Nations unies coordonne le suivi des déplacements, l’évaluation des besoins et les efforts de mobilisation des partenaires. Le coordonnateur résident et humanitaire de l’ONU en Éthiopie a notamment alerté, le 30 septembre, sur les risques pesant sur les civils et les entraves aux opérations humanitaires. Les autorités éthiopiennes et les organisations locales, dont la Croix-Rouge nationale, participent également à la réponse d’urgence.
À court terme, les perspectives restent préoccupantes. La priorité consiste à sécuriser les couloirs humanitaires, garantir la protection des civils et permettre l’acheminement sans entrave de nourriture, de médicaments et de carburant. Mais ces mesures ne pourront produire des effets durables sans une désescalade militaire et une reprise du dialogue politique.
L’accord de Pretoria ne peut plus être considéré comme une garantie suffisante de stabilité. Sa mise en œuvre effective, le règlement des différends territoriaux et la restauration des services publics sont indispensables pour éviter une nouvelle catastrophe. Car en Éthiopie, le risque est désormais celui d’une population prise au piège entre la reprise des combats et l’abandon humanitaire.