Traite des êtres humains dans le Golfe de Guinée : 8 pays mobilisés autour du projet PROTECT à Lomé
A Lomé, a lieu ce mercredi 4 novembre 2026 le lancement officiel du projet PROTECT. Financée par l’Agence française de développement (AFD) et mise en œuvre par Expertise France, cette initiative réunit huit pays partenaires autour du renforcement de la lutte contre la traite des êtres humains dans le Golfe de Guinée.
À l’ouverture des travaux, Tiguidia Camara, Directrice adjointe du département Gouvernance d’Expertise France, Matthieu Genin, responsable des équipes projets Gouvernance à l’AFD, et le Dr Mazama-Esso Minza, représentant le ministère togolais chargé des Solidarités, ont présenté les ambitions de ce projet à l’assistance.

Projet PROTECT pour renforcer la coopération régionale contre la traite des personnes
Financé à hauteur de 8 millions d’euros par l’Agence française de développement, le projet PROTECT sera mis en œuvre par Expertise France jusqu’au 31 octobre 2029. Il vise à prévenir la traite des êtres humains à travers le renforcement des capacités opérationnelles, le transfert de compétences, le partage d’expériences et la coopération transfrontalière entre les pays partenaires.
Pour Tiguidia Camara, directrice adjointe du département Gouvernance d’Expertise France, l’ambition est de protéger les victimes et les survivants en renforçant les capacités des acteurs engagés dans cette lutte.
« Il s’agit, à travers nos interventions, de protéger les victimes, les survivantes et les survivants de la traite des êtres humains en soutenant les actions et les capacités des acteurs engagés dans cette lutte », a-t-elle expliqué.
Elle a précisé que le projet repose sur une approche sensible au genre et intervient aux niveaux local, national et régional. Aussi a-t-elle souligné que le projet s’inscrit dans la continuité des acquis des précédentes initiatives d’Expertise France, notamment le projet d’appui à la lutte contre la traite des êtres humains, mis en œuvre jusqu’en 2024.
De son côté, Matthieu Genin, responsable des équipes projets Gouvernance à la direction régionale Golfe de Guinée de l’AFD, a rappelé l’ampleur du phénomène en Afrique de l’Ouest. Citant un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), il a indiqué qu’entre 2019 et 2024, le nombre d’enfants victimes de traite des êtres humains avait augmenté de 31 %. Il a toutefois insisté sur la prudence nécessaire dans l’interprétation des chiffres disponibles, qui ne reflètent qu’une partie de la réalité.
Selon lui, PROTECT accorde une place centrale aux acteurs nationaux, aux victimes et aux survivants, ainsi qu’à l’amélioration de la collecte et de l’analyse des données. Le projet entend également prendre en compte les menaces émergentes liées aux espaces numériques, où les réseaux de trafiquants peuvent développer de nouveaux modes opératoires.
Protection des victimes, chaîne pénale et données : cinq axes d’intervention
Au nom du gouvernement togolais, le Dr Mazama-Esso Minza, directeur de cabinet du ministère des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance, a salué l’accueil de cet atelier régional à Lomé. Représentant la ministre, il a rappelé que la traite des êtres humains constitue une grave violation des droits humains, qui touche particulièrement les femmes, les enfants et les personnes en situation de vulnérabilité.
Il a souligné qu’aucun pays ne peut, à lui seul, faire face efficacement à un phénomène marqué par la criminalité transnationale et l’évolution des méthodes des réseaux criminels.
Pour répondre à ces défis, le projet PROTECT s’articule autour de cinq axes stratégiques : le renforcement des dispositifs institutionnels et opérationnels, l’appui à la chaîne pénale, la prévention et la protection des victimes, la coopération transfrontalière et régionale, ainsi que l’amélioration de la collecte, de la gestion et de l’exploitation des données.
Ces priorités ont également été mises en avant par le Dr Amah Ajavon, directeur général de la Protection de l’enfance et président de la Commission nationale de lutte contre la traite au Togo. Il considère la participation du pays à cette initiative comme essentielle, la lutte contre la traite ne pouvant être menée de manière isolée.
« La question de la lutte contre la traite n’est pas une question nationale. C’est une question internationale. Et donc, on ne peut pas mener cette lutte en étant isolés », a-t-il déclaré. Il estime que PROTECT permettra de consolider les acquis du Togo et de renforcer les actions déjà engagées dans ce domaine.
La phase de démarrage du projet a déjà permis de réaliser huit diagnostics nationaux et un diagnostic régional portant notamment sur les liens entre le genre et la traite des êtres humains. Ces travaux ont relevé plusieurs défis, dont le besoin de renforcer les structures de coordination, le manque de moyens et les difficultés d’interopérabilité des systèmes de gestion des données.
Pour Tiguidia Camara, ces résultats doivent désormais servir de base à des réponses concrètes et adaptées aux réalités du terrain.
Au cours des deux journées de travaux, les représentants des huit pays partenaires et les différents acteurs engagés dans cette lutte sont appelés à examiner les résultats des diagnostics, à partager leurs expériences et à identifier des réponses adaptées aux nouvelles formes de traite. L’objectif est de renforcer les mécanismes de coopération et de rendre la lutte contre ce phénomène plus coordonnée et plus efficace dans le Golfe de Guinée.
Maimouna Hassan


